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Prédications du pasteur Simon Wiblé

- Dimanche 7 octobre 2012: 2 Timothée 2, 1-10
- Dimanche 16 septembre 2012: Marc 8, 27-35
- Dimanche 2 septembre 2012 : Deutéronome 4, 1-8 / Jacques 1, 16-27
- Dimanche 15 juillet 2012 : Amos 7,12-15 / Marc 6,7-13
- Dimanche 8 juillet 2012 : Marc 5, 21-43
- Dimanche 1er juillet 2012 : Marc 5, 21-24 et 35-43
- Dimanche 17 juin 2012 : Ezéchiel 17, 22-24 / Psaume 92 / Marc 4, 30-32
- Vendredi 25 décembre 2010: Matthieu 2, 1-12
- Dimanche 27 juin 2010 : Luc 9, 57-62
- Dimanche 7 février 2010 : Luc 5, 1 à 11
Série "Les 10 paroles" (Les 10 commandements), 2010
- Dimanche 24 janvier 2010 : Néhémie 8, 1-10 / 1 Corinthiens 12, 12-30 / Luc 1, 1-4 et 4, 14-21
Série "Le Credo", 2009
- Matthieu 25, 14-30
- Dimanche 9 novembre 2008 : Jean 2,13-25
- Dimanche 20 juillet 2008 : Romains 8, 26-30
- Dimanche 13 juillet 2008 : Matthieu 16, 13-22

 

Dimanche 7 octobre 2012
Lecture biblique :
2 Timothée 1, 1 à 10
La foi... Qu'y a-t-il de plus personnel ?
Que ce soit la foi au Dieu de Jésus Christ, en Allah ou en Adonaï, que ce soit la foi en un idéal, qu'y a-t-il de plus intime que cette conviction qui nous pousse et nous conduit et que nous avons tant de mal à expliquer ou même à décrire ?
La foi est tellement personnelle que certains aimeraient bien en proscrire
l'expression dans l'espace public, tellement personnelle que nous même avons bien du mal à l'exposer, à la dévoiler.
Notre foi ne regarde que nous, elle n'appartient qu'à nous.
Mais d'où nous vient cette foi, si intime, si personnelle ?
Dans notre assemblée, ce matin, certains sont chrétiens parce que leurs parents l'étaient. Bien sûr, ils ont, un jour pris position, se sont engagés eux-mêmes quand d'autres, élevés de la même manière, dans la même foi ont pris une autre position.
Pourtant, leur foi est un héritage (et l'on sait qu'il y a bien des manières de recevoir et vivre un héritage)
D'autres peut-être, ont rencontré Jésus-Christ, ont entendu sa Bonne Nouvelle par d'autres biais.
Peut-être que tous nous pourrions nous reconnaître dans ce Timothée que Paul nous présente ce matin.
Ceux dont le protestantisme est inscrit dans le patrimoine génétique, qui sont porteurs d'un sang de galériens se reconnaîtrons dans ce fils d'une juive fidèle à qui son mentor dit "j'ai bien connu ta mère".
Ceux dont le christianisme a traversé différentes Églises, peut-être des passages à vide, se reconnaîtrons dans ce fils d'une juive et d'un grec (païen ou vraisemblablement Craignant-Dieu), cet homme au carrefour de deux cultures dont les exhortations de Paul nous font sentir les questions et peut être les hésitations ("ranime la flamme" ou « garde bien vivant le don de Dieu », "ce n'est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné" sont bien  des exhortations que l'on adresse à quelqu'un qui hésite).
Enfin, ceux qui vivent leur foi comme une rupture, ou tout au moins une bifurcation par rapport à leur passé devraient se reconnaître dans ce jeune homme qui a eu l'audace de prendre ce chemin nouveau, de suivre cette foi naissante qu'était alors le christianisme.
Oui, nous pouvons tous aisément nous reconnaître en Timothée et entendre la manière dont Paul lui parle de la foi.
Cette foi souligne-t-il est un héritage : cette foi qui est présente en toi, était présente en ta grand-mère et en ta mère. (A noter qu’ici, Paul célèbre bien la foi des femmes et ne la distingue pas de la foi des hommes).
Et je crois qu’il est important qu’à l’heure où l’individualisme est la règle, nous puissions affirmer, proclamer même que notre foi est un héritage.
Un héritage familial, souvent, mais en quoi cela serait-il dévalorisant d’avoir entendu la Bonne Nouvelle de Jésus Christ d’abord dans sa famille ? En quoi, cela réduirait-il la liberté de notre adhésion ?
Mais ce n’est pas seulement un héritage familial, même si notre famille n’était pas chrétienne, en recevant la Bonne Nouvelle, nous avons reçu un message vieux de 2000 ans, un message qui ne nous tombe pas du ciel mais dont des hommes et des femmes se sont fait les porteurs et les relais. Oui, être chrétien c’est toujours être au bénéfice d’un héritage, d’une transmission.
Mais ce n’est pas un héritage qui enferme, ce n’est pas un héritage qui nous impose un cadre dont nous ne pourrions pas nous libérer.
Peut-être Eunice et Loïs, juives pieuses, ont-elle été très surprises de voir leur fils et petit-fils marcher avec les disciples du crucifié, peut-être ce chemin a-t-il été vécu comme un drame familial. Nous n’en savons rien.
Mais ce que nous savons c’est que Paul l’affirme à Timothée, « ton christianisme n’est pas une trahison du judaïsme de ta famille » et il va même plus loin : « tu peux rendre grâce pour la foi de tes ancêtre, même si la tienne ne s’exprime plus de la même manière ».
Être au bénéfice d’un héritage ne signifie pas que nous devions nous enfermer dans un moule familial ou que nous soyons appelés à répéter sans cesse les mêmes mots ou les mêmes rites.

Cette grâce qui nous est accordée depuis avant les temps, cette grâce dont nous vivons aujourd’hui, cet amour de Dieu, nous sommes appelés à le vivre et à le dire dans nos mots à nous et dans la reconnaissance pour ceux qui nous l’ont transmis.
Mais la foi n’est pas qu’un héritage, elle est aussi un don de Dieu.
Pourquoi Paul insiste-t-il tant sur le fait que notre foi est une foi reçue ?
Parce que Paul sait bien que cette foi n'est pas toujours facile à vivre, qu'elle passe par des moments où elle nous semble s'éteindre "Ranime la flamme" ou « garde vivant le don de Dieu », par des moments où nous avons peur de la dire et de la vivre.
En France nous sommes épargnés par les persécutions que pouvait craindre Timothée et que peuvent encore redouter aujourd'hui un trop grand nombre de nos frères et sœurs en Christ, mais nous connaissons pourtant bien la peur de la moquerie, la gêne. "N'aie pas honte" nous dit Paul.
Paul sait bien que l'Église même n'est pas toujours un bel exemple de la foi, qu'elle est même parfois un contre témoignage "tous ceux d'Asie m'ont abandonné" (verset 15 « entre autres Phygèle et Hermogène ».
Vraiment, Paul ne dresse pas de la vie croyante un tableau idéalisé et c'est bien ainsi.
Nous rappeler que notre foi est un héritage, c'est nous sortir de l'isolement dans lequel nous nous sentons parfois.
Nous rappeler que notre foi est un don de Dieu, c'est nous appeler à une audace que ne peuvent pas (ou en tout cas que ne devraient pas) nous donner nos convictions personnelles. Ma foi m'a été donnée et c'est un encouragement à vivre la responsabilité qui vient avec cette foi.
« N'aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur » v. 8.
Oui, frères et sœurs, cette foi que nous avons reçues, nous sommes appelés à la vivre et ainsi à en témoigner, à prendre à notre tour notre place dans cette grande chaîne de témoins.
Et quand ce cadeau nous semblera difficile à porter et à vivre, regardons à ce grand cortège qui nous l’a apporté et laissons-nous porter par lui.
Ainsi, nous trouverons la force, d’être à notre tour témoins de la Bonne Nouvelle pour ceux qui viennent après nous.

Amen.
Dimanche 16 septembre 2012
Lecture biblique :
Marc 8, 27 à 35
« Si quelqu’un veut venir avec moi, il ne doit plus penser à lui-même. Il doit porter sa croix  et me suivre »

Porter sa croix, voici une expression familière et populaire  dont le sens premier s’est atténué au cours des siècles.

Porter sa croix,  c’est - de nos jours -  supporter avec plus ou moins de philosophie  et de patience les petits ennuis de la vie, les tracas, les mesquineries.

Chacun porte sa croix avec plus ou moins de force, plus ou moins de bonheur.

Mais les mots et les expressions vieillissent, perdent petit à petit leur sens originel, généralement beaucoup plus fort.

Il faut se souvenir ce que signifiait  exactement cette expression, pour un esclave vivant il y a 2000 ans, au temps de l’empire romain.

Le supplice de la croix était réservé  à ceux qui n’avaient plus la condition humaine, plus d’existence légale, de personnalité juridique, de liberté. Quand un esclave avait fait une faute grave  aux yeux de son maître, il pouvait aussi  perdre la seule chose qui lui restait, c’est à dire la vie. Et ceci dans des conditions atroces. Il était pendu par les bras à un poteau et tout le poids de son corps reposait sur son thorax. Petit à petit, il mourrait étouffé. Le supplice pouvait durer des heures, suivant la résistance du supplicié.
Porter sa croix, ce n’était donc pas à l’époque accepter avec plus ou moins de philosophie les petits tracas de la vie courante, mais c’était marcher au supplice et à la mort. Et de plus, cette mort était considérée comme infamante pour les gens de la bonne société de l’époque.       

Et voici que le Christ va subir ce supplice, il va être crucifié et il propose à ses disciples de l’imiter, de porter à leur tour la croix.

Se charger de sa croix… Le Christ s’en est vraiment chargé. Il a renoncé à tout pouvoir, à toute sécurité, à toute domination. Il s’est fait homme véritable et a choisi la mort la plus scandaleuse, celle des esclaves, des êtres les plus malheureux de son époque.

Dans notre texte, Jésus ne fait pas de promesse démagogique, il ne fait pas miroiter une victoire facile. Au contraire, il indique la rudesse du chemin, la difficulté qu’il y a d’être un véritable disciple. C’est la mort qu’il promet, le supplice, le martyre.

Et autant que la Tradition le rapporte exactement, tous les disciples qui ce jour-là ont entendu l’appel de Jésus, tous ont porté leur croix, et sont morts martyrs.

A la suite des 12 apôtres, les premiers lecteurs de ce texte, vers l’an 70 à 80 après la naissance du Christ, ont, à leur tour, accepté de porter leur croix et, en renonçant à eux-mêmes, sont morts martyrs, soit dans le feu, soit dans les jeux du cirque.


Les premiers chrétiens sont déjà morts, avec la persécution de l’empereur Néron.

Ceux du temps de l’empereur Dioclétien  s’apprêtent à connaître le même sort. Pour les hommes et les femmes des premières communautés chrétiennes, porter sa croix a un sens très fort, une portée radicale : Être chrétien en ce temps-là, c’est presque à coup sûr aller vers le martyre.

Et cela a duré, avec des hauts et des bas, au moins trois siècles, sans compter les martyrs des siècles suivants, du temps de la Réforme par exemple, pour ne parler que de nos ancêtres spirituels.

Et cela dure encore aujourd’hui : Dans bien des pays,  il ne fait pas bon être disciple du Christ : Ceux-ci portent leur croix  en étant menacés  dans leur vie.

Mais voici qu'en France aujourd‘hui, et dans d’autres pays du monde, les persécutions ont cessé, et nous pouvons remercier  Dieu de cette grâce qui nous est faite.

Mais alors que veut dire pour nous, chrétiens de France: « renoncer à soi-même et porter sa croix » ? Oui, comment garder la force de l’expression évangélique, toute sa rigueur, tout son caractère étonnant, sinon scandaleux ? 

Car c’est vrai qu’il n’est pas trop difficile de dire que l’on croit en Jésus Christ. Certes quelques personnes vous regarderont avec pitié, ou comme ringards ou avec un peu de curiosité ou de condescendance.
On se moquera plus ou moins gentiment de vous, mais on n’ira pas vous mettre à mort pour autant.

Porter sa croix aujourd’hui, dans  notre situation actuelle, qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? 

C’est peut-être là qu’il faut se souvenir de ce qui précède les 3 mots de l’expression «  porter sa croix ». Le Christ nous demande de «  renoncer à nous-mêmes » ou – suivant les traductions  - « de ne plus penser à soi seulement ». Suivre Jésus, c’est consentir à mourir à soi-même.

De nombreux cas concrets peuvent être évoqués ici : Par exemple ceux d’entre nous qui avons des enfants, avons-nous accepté de bon cœur qu’ils ne suivent pas forcément la route que nous aurions souhaitée pour eux ? Et l’on pourrait penser à bien d’autres choses encore 

Mais ce n’est pas à moi de vous dire ce qui vous pèsera le plus pour renoncer à vous-même, et du coup de porter votre croix dans le sens fort et radical du terme.  Chacun de nous en conscience doit le faire pour lui-même et non pour les autres. 

Cependant je ne voudrais donner qu’un seul exemple, qui peut nous parler et faire image en nos cœurs.

Nous pouvons remarquer combien de sportifs de haut niveau travaillent pendant de nombreuses années pour arriver au mieux de leur forme en vue de monter sur le podium.
On peut comprendre alors que la victoire est un objectif  qui passe avant tout le reste. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres,  il n’est pas facile de renoncer à triompher, car notre société pousse les sportifs (et les autres) à réussir à tout prix.

Et pourtant ! Je peux citer dans ce domaine ce qui est - à mon point de vue - le témoignage d’un renoncement  significatif.

Il y a quelque temps, j’ai entendu un journaliste rapporter une anecdote  qui s’est passée en 1924, au cours des Jeux Olympiques de cette année-là.

Les deux meilleurs coureurs de la course de demi-fond (en gros 10 km), ceux qui devaient  obtenir logiquement une médaille, sont au coude à coude dans la dernière épreuve et dans la dernière ligne droite, l’un des deux a un léger avantage. Et voilà qu’il trébuche et tombe durement sur le sol. Est-il blessé ?

Son concurrent, pour ne pas dire son rival, s’arrête, revient en arrière, et l’aide à se relever. Ils repartent  de plus belle, mais au moment de franchir la ligne, celui qui était tombé, s’efface, parce que cela lui paraît normal, dira-t-il après la course. Il laisse l’autre franchir la ligne le premier.

Mais celui-ci refuse la médaille, en donnant comme motif  que si son concurrent n’avait pas trébuché, il aurait sûrement gagné la course.             

Finalement, devant un tel esprit, digne de la devise olympique qui  rappelle que l’essentiel n’est pas de gagner mais de participer, le jury classe les deux coureurs à égalité.

Le journaliste rapportant cette histoire n’a pas dit si les deux coureurs étaient disciples du Christ. Mais, même si c’est dans un domaine seulement profane, cet exemple peut nous suggérer ce que peut être un renoncement à soi-même.  

Il ne s’agit pas pour nous de devenir des champions de course à pied, mais d’accepter  de renoncer éventuellement  à ce qui nous tient le plus à cœur, s’il s’agit de témoigner de l’Évangile.
 
Il faut bien reconnaître que ce n’est pas facile. Nous sommes tellement encombrés de nos petites personnes, nous ne renonçons pas volontiers à ce qui est le centre de notre vie.

Et pourtant le Christ nous demande de savoir renoncer à tout cela, même - et surtout - si ce qui est le moteur de notre vie est parfaitement honorable.

Tout à l’heure, nous avons chanté « O Jésus ta croix domine ». Que ce soit notre prière, notre appel à l’aide.
Le Christ, parce qu’il nous a précédé sur le chemin, parce qu’il a connu notre condition humaine, parce que, par sa victoire sur la Croix, il est présent à nos côtés, le Christ saura nous aider  à porter notre croix, à renoncer à nous-mêmes et à être des témoins de l’Évangile.   

Enfin,  dernière piste, je crois que porter sa croix, aujourd’hui, c’est aussi espérer quand tout nous porte à désespérer.

Aujourd’hui, on entend un discours ambiant tellement morose….On a tous des envie de démission ; le contexte est dur….on a envie, comme les autres, de se désinvestir…

Alors, comme on ne voit rien venir, on se désinvestit. De la paroisse ; de la vie de la cité ; de son rôle de grands-parents ; de l’engagement associatif… De toute façon, ça ne change rien…

Porter sa croix d’une certaine manière, c’est œuvrer dans un monde de ténèbres.

Perdre sa vie aujourd’hui, c’est croire dans le noir.
Perdre sa vie aujourd’hui, c’est oser aller à contre-courant, sans plus jamais se dire : « oh, ce que je pourrais faire, c’est une tellement petite goutte d’eau dans cet océan de malheur. »

Porter sa croix, c’est arrêter de se prendre pour le nombril du monde que nos magazines veulent nous faire croire : se décentrer de son petit égo, relever ses manches, et croire que Dieu aime ce monde, et nous veut acteurs, acteurs actifs.

Porter sa croix, c’est annoncer le Dieu de la réconciliation dans ce monde qui tend plutôt vers un monde sans Dieu qui se déchire.

Porter sa croix, c’est, oui, se faire violence pour s’engager, pour les autres, en faveur du bien-être de l’homme, image de Dieu.

Ainsi, en ce début d’année scolaire, de rentrée, de reprise, ce texte nous invite tout d’abord à nous poser et à nous demander :
« qui dis-je qu’il est ? »

Ensuite, notre croix, notre violence, notre scandale sera de devenir de vrais témoins de Celui que nous aurons reconnu, autour de nous, avec notre paroisse pour une plus grande ouverture, une plus grande visibilité.

Enfin, notre croix, notre violence sera de nous mettre en marche, chacun, chacune, avec nos capacités, nos dons, nos talents, pour un
monde plus juste, meilleur ; même si nous avons l’impression que les ténèbres sont gagnantes.

Car n’oublions pas : celui que nous sommes invités à identifier comme le Christ, le fils de dieu, c’est bien celui-là même qui a vaincu les ténèbres et est ressuscité.

Amen
Dimanche 2 septembre 2012
Lectures bibliques :
- Deutéronome 4, 1 à 8
- Jacques 1, 16 à 27
Ecouter et réaliser la parole

Introduction aux deux lectures bibliques
Jacques, selon son génie propre, nous rappelle toujours que la foi est non pas écoute seule, mais mise en pratique de ce qui est entendu.
Quant au Deutéronome, qui est par excellence "le livre de la Loi", il nous dit lui aussi que les commande-ments sont faits pour être mis en pratique.
Le plus juif des livres d'Israël, et le plus catholique des ou-vrages du Nouveau Testament. Nous protestants, qu'allons-nous en faire ?
Textes bibliques :
- Deutéronome 4, 1-8
- Jacques 1, 16-27

La Parole... les paroles... des paroles.

Le monde est plein de paroles.
La radio déverse des paroles à longueur d’ondes et à longueur de journées. Les journaux sont couverts de paroles.
Les hommes politiques, les chefs syndicaux, tous ceux qui croient avoir quelque chose à dire prennent la parole et font des discours.

On en a plein les oreilles, mais ces paroles surabondantes ne vont pas jusqu’au cœur. La plupart du temps, elles glissent et nous laissent froids et indifférents. Elles ne nous changent pas, elles ne modifient rien à notre comportement.

On n’est pas plus avancé après qu’avant.

Nos rassemblements du dimanche sont aussi des lieux de parole.
On parle beaucoup pendant un culte.
On explique cette parole particulière qu’est la Parole de Dieu.

Liturgie et prédication se veulent des proclamations sous diverses formes de la Parole unique.
Quand Jacques aborde la question de la parole avec les destinataires de sa lettre, il vise le culte. Ce culte qui, de son temps comme du nôtre, était à la fois discours et écoute d’une Parole.

Jacques lance un avertissement : attention à ne pas trop parler, veillez plutôt à écouter. Jacques aurait pu prendre à son compte le proverbe “La parole est d’argent et le silence est d’or”.

“Que nul ne néglige d’être prompt à écouter, lent à parler”.

Les conseils de Jacques restent toujours valables, quand il nous dit de mettre en pratique la Parole que nous écoutons.

Le silence et l’écoute n’ont pas de sens pour eux-mêmes.

Ils ont un sens quand ils signifient notre décision de vivre ce que nous venons d’entendre. L’écoute n’est qu’un point de départ. Elle doit être suivie de la mise en pratique.

La Parole de Dieu se distingue, sur ce point-là au moins, de la parole humaine. La parole des hommes n’a pas besoin qu’on lui obéisse, sauf quand ce sont des ordres militaires. Si c’était le cas, nous serions contraints à des obéissances bien contradictoires !

Mais la Parole de Dieu se caractérise par ce fait qu’elle attend notre obéissance et qu’elle la suscite. Si nous ne la vivons pas, elle ne sert plus qu’à notre condamnation.

Autrement dit, le culte n’est qu’un point de départ. C’est le premier acte d’une pièce qui se continue ailleurs.
Le culte est le moment du ravitaillement, le moment où nous prenons de la nourriture pour pouvoir vivre ensuite. La vie commence à la sortie du culte, avec les autres, en public, dans la rue. C’est là que la Parole s’accomplit et devient force de vie.

Quelqu’un a dit que nous avons une bouche et deux oreilles, ce qui veut dire que nous devons écouter deux fois plus que nous ne parlons. Ce serait déjà bien et Jacques serait sûrement d’accord.

Mais on peut remarquer aussi que nous avons deux bras et deux jambes. Quatre membres qui servent à l’action, cela nous fait comprendre que nous devons agir deux fois plus que nous n’écoutons et quatre fois plus que nous ne parlons.

Si ce compte est bon, il veut dire que l’important, c’est que nous vivions ce que nous avons compris de la Parole. Ce qui entre par les oreilles doit ressortir en actes.

La Parole de Dieu nous renvoie donc dans le monde, dans ce lieu où elle se réalise et prend corps dans ce que nous faisons.

C’est d’autant plus urgent que Jacques nous montre, à travers une image, l’importance de la mise en pratique. Je ne peux pas me voir de l’extérieur. Je ne sais pas comment je suis fait. Ce qu’on peut me dire de moi-même est toujours incomplet et me laisse insatisfait.

Pour connaître mon aspect physique, il faut que je me regarde dans une glace. Alors, je vois mes traits, mes membres, ma taille et, peut-être aussi, mes défauts corporels. Jacques dit : La Parole de Dieu, c’est comme un miroir.
Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, ou très mal.
Nous nous faisons des quantités d’illusions sur nous-mêmes. Il nous arrive de nous tromper volontairement ou inconsciemment, pour éviter de reconnaître nos erreurs ou nos lacunes.

La Parole de Dieu nous apprend, ou nous réapprend, qui nous sommes. Elle nous montre notre véritable nature, elle reflète notre vrai visage. Jacques ne dit pas que la Parole nous révèle nos défauts, ni qu’elle met le doigt sur nos péchés, comme si Dieu prenait plaisir à nous humilier.

Non, la Parole nous montre notre véritable nature humaine, telle que Dieu l’a créée. Par elle, nous découvrons notre véritable personnalité, non pas celle qui est corrompue par le mal, mais celle que le Seigneur a formée et qu’il veut nous conserver.

Cette nature retrouvée, nous devons maintenant la conserver. Nous ne devons pas être comme celui qui se regarde dans une glace et puis s’en va en oubliant comment il est.

Nous gardons le souvenir de nous-mêmes, nous conservons notre moi, par la mise en pratique de la Parole. Les gens nous connaissent, non seulement en voyant notre aspect physique, mais aussi en voyant comment nous vivons. Nous révélons notre visage encore mieux par nos actes.

Cette personnalité que Dieu nous donne, nous la conservons par notre manière de vivre en accord avec sa Parole, par la mise en pratique de sa Parole. Si nous oublions cette Parole, si nous la laissons derrière nous en sortant du culte, nous nous perdons nous-mêmes en cours de route, nous perdons notre moi, nous perdons notre nature.

C’est de cette façon que la Parole de Dieu devient une vraie Parole. Elle n’est pas comme la parole des hommes, souvent inefficace et d’autant moins importante qu’elle se multiplie davantage.

La Parole de Dieu agit, elle crée et recrée notre personnalité, elle nous montre qui nous sommes pour nous permettre de vivre en accord avec nous-mêmes. De cette Parole, Jacques dit qu’elle est la loi de la liberté.

Elle nous libère de nos illusions et de nos mensonges sur nous-mêmes, de nos faux principes moraux. La Parole ne nous enferme pas dans la conscience de nos péchés ou dans le souvenir amer de nos manquements.

Au contraire, elle nous libère et de nos fautes et de nos erreurs, pour nous permettre de vivre libres, de cette liberté que Dieu nous donne.

La Parole... les paroles... des paroles... Pour qu’on écoute et qu’on mette en pratique, il faut bien que quelqu’un parle. Il faut bien que quelqu’un — pasteur ou prédicateur — commence par écouter la Parole pour la redire, pour l’expliquer, pour presser les auditeurs à la mettre en pratique.

Celui qui prononce la prédication serait-il un bavard de plus ?
Faut-il supprimer la prédication ?
Mais alors, qui parlera ?

Si les auditeurs écoutent pour agir ensuite, le prédicateur doit aussi écouter. Il n’est pas dispensé de mettre en pratique ce qu’il a entendu et ce qu’il dit. Lui aussi doit s’exercer à vivre la Parole, au même rang que les autres, avec les mêmes efforts et les mêmes difficultés que les autres.

Le prédicateur est aussi un auditeur... qui doit bien se garder d’oublier ce qu’il vient de dire.


Au milieu de ces exhortations de Jacques, on repère deux promesses.

Nous avons déjà relevé la première : celui qui vit la Parole se trouve lui-même.

La seconde est une promesse de bonheur : “Le réalisateur agissant trouvera le bonheur dans ce qu’il réalisera”.

Le bonheur n’est pas la récompense de nos efforts, il n’est pas ce qu’on mérite quand on met la Parole en pratique. Mais il est le résultat normal, l’accompagnement tout naturel de la vie juste.

Chez une personne en bonne santé, l’exercice physique procure un certain plaisir. Le mouvement des membres comme le fonctionnement de l’intelligence apporte du plaisir et crée une sensation d’aisance.

Le bonheur de la Parole mise en pratique ressemble à cette sensation-là. C’est le bonheur d’être soi-même, de se sentir bien dans sa peau.

Il correspond à notre nature retrouvée, dans une relation juste avec Dieu et avec nous-mêmes. Ce bonheur est aussi un don de Dieu.

Amen.
Dimanche 15 juillet 2012
Lectures bibliques :
- Amos 7, 12 à 15
- Marc 6, 7 à 13
Voyager léger

Voici les Douze au tout début de leur activité missionnaire : Jésus avait certainement formé depuis quelque temps déjà le projet de les envoyer ; puisque, dès le chapitre 3, Marc nous raconte qu'il les avait choisis dans ce but :
« Il monte dans la montagne et il appelle ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons. Il établit les Douze : Pierre - c'est le surnom qu'il a donné à Simon -, Jacques, le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques, - et il leur donna le nom de Boanerguès, c'est-à-dire fils du tonnerre -, André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée et Simon le zélote, et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra. » (3, 16-19).
Depuis, ils l'ont suivi partout et ont reçu son enseignement. Ils ont été témoins de sa puissance : les premiers chapitres de Marc rapportent de nombreux miracles de toute sorte.

Avec le texte d'aujourd'hui, voici que Jésus les envoie à leur tour, munis eux aussi du pouvoir de chasser les démons :
« Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie... Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais. »
Il leur donne également trois consignes : aller deux par deux, n'emporter que le strict nécessaire, ne pas se laisser impressionner par la persécution inévitable.

Premièrement, aller deux par deux :
cela semble une pratique habituelle de Jésus ; Marc en donne quelques exemples par la suite : par exemple, pour préparer l'entrée à Jérusalem :
« Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : Allez au village qui est devant vous... vous trouverez un ânon attaché... » (11, 1-2) ;
même chose pour préparer la Pâque :
« Il envoie deux de ses disciples et leur dit : Allez à la ville ; un homme viendra à votre rencontre, portant une cruche d'eau... » (14, 13).
Il y a là peut-être la trace de la coutume juive selon laquelle un témoignage n'était recevable que quand il était porté par deux personnes au moins :
« C'est sur les déclarations de deux ou de trois témoins qu'on pourra instruire une affaire. » (Dt 19, 15).
L'évangélisation, elle aussi, est affaire de témoignage, elle n'est pas une affaire individuelle. Plus tard, les Apôtres garderont cette habitude : ainsi Pierre et Jean vont ensemble prêcher au Temple de Jérusalem (Ac, 1) ; Paul et Barnabé font équipe longtemps en Syrie et en Asie Mineure (Ac 13-15) ; après leur séparation, Paul continue la mission avec Silas (Ac 16-17).

Deuxièmement, n'emporter que le strict nécessaire :
« Il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n'est un bâton ; de n'avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Leurs seuls instruments doivent être ceux de la marche pour la mission. En entendant cette consigne, les apôtres ont probablement évoqué la marche de leurs pères dans la foi, la nuit de la fameuse Pâque de la sortie d'Egypte,
« la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. » (Ex 12, 11).
La longue marche de l'Eglise, peuple de Dieu, commence ici. Elle exige mobilité, disponibilité, liberté d'esprit.

Troisième consigne donnée par Jésus, ne pas se laisser impressionner par la persécution inévitable.
D'après le récit de Marc, les apôtres viennent tout juste d'assister à l'échec de Jésus à Nazareth (6, 1-6) ; et, depuis le début de l'évangile, ils ont vu naître et grandir l'opposition des scribes et des pharisiens.
Il semble bien que la persécution doive être de tout temps le lot des prédicateurs et des prophètes : la première lecture nous en donne un cuisant exemple avec Amos, renvoyé dans ses foyers au bout de quelques mois seulement de prédication
(« va-t-en d'ici avec tes visions » ; Am 7).
On peut se demander pourquoi la persécution est inévitable, pourquoi « nul n'est prophète en son pays » comme l'a déclaré Jésus à Nazareth
(6, 4) ; si l'évangélisation consiste à annoncer partout l'amour et le pardon de Dieu, pourquoi rencontre-t-elle tant d'oppositions ?
Parce que nous avons la « nuque raide », comme disait Moïse ; parce que nous avons d'autres idées sur Dieu ; enfin, parce que nous avons le cœur endurci : or, si Dieu est amour et pardon, il va nous demander d'être à son image et donc nous remettre en question.
C'est pour toutes ces mauvaises raisons que Jésus a été crucifié, et tant d'autres martyrisés à leur tour.

Face à ces refus, Jésus ne préconise pas la violence, ni le mépris évidemment ; mais la persévérance et la sérénité :
« Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Soit dit en passant, c'est exactement ce qu'ont fait Paul et Barnabé à Antioche de Pisidie quand les choses se sont gâtées. (Ac 13, 51).
Comment comprendre ce geste qui doit être pour les gens un « témoignage » ? C'est peut-être une manière de dire : nous respectons votre liberté, nous ne sommes pas venus chez vous pour prendre quoi que ce soit contre votre gré, fût-ce de la poussière.
L’évangéliste Luc a cette formule :
« Même la poussière de votre ville qui s'est collée à nos pieds, nous l'essuyons pour vous la rendre. Pourtant, sachez-le, le Règne de Dieu est arrivé. » (Lc 10, 11).
Mais les apôtres, heureusement, ne rencontreront pas que de l'hostilité et des cœurs endurcis.
La croissance irrésistible des communautés chrétiennes dès après la Résurrection du Christ en est la preuve.
Et les Actes des Apôtres rapportent les noms de nombreuses personnes qui ont ouvert leurs maisons aux prédicateurs de l'évangile.
Dans ce cas-là, la recommandation de Jésus est simple :
« Quand vous avez trouvé l'hospitalité dans une maison, restez-y jusqu'à votre départ. »
Accepter l'hospitalité d'autrui, c'est l'honorer.
Alors, « voyage léger » pour la mission du Christ ?
Un souci permanent lorsqu'on est en voyage, ce sont les bagages : les faire, les défaire, les refaire, les porter, ne pas se les faire voler, hiérarchiser : mettre à portée les choses dont on aura besoin pendant les transports, et au fond ce dont on aura besoin une fois installée... Aïe ! Il se met à pleuvoir et le kway est au fond !

Et puis, il ne faut rien oublier.

Même pour une courte excursion, un week end, à peine avons-nous parcourus quelques kilomètres, combien de fois nous est-il arrivé de crier : « Ah zut ! J'étais sûr que je l'oublierai ! »

A ce moment là, un choix s'impose, l'interrogation insiste : « est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Est-ce vraiment utile ? Est-ce vital ? Est-ce que je fais demi-tour ? »

J'ai lu quelque part que les caravanes dans le temps ne faisait qu'une petite étape le premier jour, entre 6 et 10 kms, pour permettre justement à l'étourdi de faire un aller-retour rapide...

La prochaine fois que je prépare un sac, j'étale tout ce qui me semble vraiment nécessaire et j'en élimine 80%.

Parce qu'en fait, des choses en voyage on en n'a pas tant besoin que ça. Quand on prépare son bagage, je vais vous dire, on se prépare un rempart. Un rempart contre le besoin.

Mais ce rempart contre le besoin s'avère être en fait un rempart contre les autres. Parce que si vous n'avez pas sur vous ce dont vous avez besoin, vous serez obligés – à moins d'être totalement renfermés sur vous-mêmes, au risque de mettre votre vie en danger – vous serez obligés donc de vous adresser à quelqu'un.
Plus vous porterez ce dont vous êtes sûrs d'avoir besoin et moins vous aurez l'occasion de faire des rencontres.

C'est dans cet ordre d'idée qu'il nous faut entendre les recommandations de Jésus à ses disciples au moment où il les envoie : je vous envoie vers les autres, ce n'est pas pour que vous viviez en autarcie entre vous.

Il ne s'agit pas là d'un idéal de pauvreté, sorte de perfection à atteindre pour voir son nom glorifié parmi les myriades de Saints !

A moins d'entendre que la pauvreté n'est pas un état dégradant mais bien notre profonde condition humaine qui porte en elle l'ouverture nécessaire pour ne pas rester enfermés en nous-mêmes – c'est à dire mort à la vie humaine – et aller à la rencontre de l'autre et des autres – ce qui est la vie à laquelle nous sommes appelés – parce que fondamentalement, tout seul, nous ne sommes pas grand chose ; seul un autre peut donner ce qui fait notre humanité, la reconnaissance de notre dignité.
Mais alors qu'est-ce qui est nécessaire pour partir en voyage, et a fortiori en voyage missionnaire ?
Avant tout, dit Jésus, c'est être dans de bonnes dispositions pour être accueilli, et pour cela rien de plus simple, il ne faut avoir rien, il nous faut avoir un manque de tout, même du plus vital, du pain !
Finies, les longues préparations de bagages. Même pas un change... peut-être pour éviter la duplicité …
Partir en mission, pour Jésus, c'est être vite prêt, parce qu'on y va pas pour apporter quelque chose ou donner quoique ce soit, on y va pour être accueilli et recevoir.   
Accepter l'hospitalité d'autrui, c'est l'honorer.
Jésus frappe à la porte de nos vies. Il est celui que nous accueillons en lui ouvrant notre porte.
C’est en acceptant d’entrer chez nous, c’est en acceptant notre hospitalité qu’il nous honore, qu’il nous transforme radicalement.
Oui, convertissons nos cœurs au bonheur de la rencontre : Jésus-Christ ressuscité vient faire sa demeure en nous. Accueillons-le dans la foi et avec joie !

Amen
Dimanche 8 juillet 2012
Lecture biblique :
Marc 5, 21  à 43
Le sandwich

Deux récits de guérison associés. Tellement associés que l'un est imbriqué dans l'autre, en sandwich.
L'histoire de la supplication d'un homme pour sa fille est interrompue par l'intervention d'une femme, elle aussi en situation de demande. Jésus la guérit.
Et la première histoire se poursuit, refermant le sandwich.
Qu'il s'agisse d'un procédé littéraire ou d'une chronologie historique des événements ne change rien. Le fait est là : les deux guérisons sont associées dans la trame d'un même récit. Les deux guérisons font sens l'une par rapport à l'autre. Peut-être même s'agit-il de la même histoire…
Intéressons-nous de plus près aux personnages…
Marc met d'abord en scène Jaïrus sous le signe d'un contraste qui accentue le côté tourmenté du personnage : en effet, Jaïrus est un chef de synagogue, un notable, connu, influant, riche, avec des relations et du pouvoir.
Il fait une démarche publique auprès de Jésus. Il tombe aux pieds de Jésus dans une attitude de soumission et de supplication qui contraste avec sa situation sociale et religieuse élevée.
Il demande le salut, la vie pour sa petite fille. Sa démarche est une mise en route vers quelqu'un qui est à l'extérieur de la sphère dans laquelle il évolue habituellement (la synagogue, la loi, la famille).
Jésus est une personne qui, pense-t-il, seul peut le sauver du drame où il se trouve. En lui-même, par lui-même, il ne peut plus trouver de solution. Il est, lui aussi, d'une certaine manière, à l'extrémité, enfermé dans son malheur.
L'épisode de la femme sur lequel nous allons revenir, intervient comme un motif d'obstacle, dans ce récit.
Au verset 35, la difficulté s'est aggravée jusqu'à devenir insurmontable : la petite fille est morte. Le chef de la synagogue est invité à la confiance : "Sois sans crainte (n’aie pas peur), crois seulement". Et le récit de la femme fait alors sens.
Cette femme malade va servir de "contre-modèle".
Le "Sois sans crainte (n’aie pas peur), crois seulement" fait le parallèle au "Ma fille, ta foi t'a sauvée, va en paix et sois guérie de ton mal". Ainsi, grâce à un processus de renversement, les deux personnages, Jaïrus et la femme malade, se retrouvent sur un pied d'égalité, alors qu'au départ ils étaient aux antipodes l'un de l'autre.
Si l'un est chef de synagogue, l'autre est une femme sans nom, sans plus rien à elle : ni argent, ni droit à la synagogue du fait de son impureté due à la perte continue de sang, ni droit à l'enfant… Et son état empire. Elle a donné tout ce qu'elle avait.
Beaucoup de souffrance dans les deux cas : l'un souffre de ce qu'il a et qu'il ne veut pas perdre, l'autre de ce qu'elle n'a plus rien.
Lui faisait une démarche publique ; elle, c'est dans l'anonymat de la foule qu'elle touche le manteau de Jésus. Mais c'est le même recours à quelqu'un totalement situé à l'extérieur de sa sphère habituelle.
Il y a renversement, basculement, chez l'un comme chez l'autre.
Cet homme et cette femme étaient dans une impasse, confrontés à une limite infranchissable, douloureuse, imposée par l'univers dans lequel ils évoluaient. Leur démarche va leur permettre de trouver une autre identité grâce à la rencontre de Jésus.
Jaïrus est replacé dans le cadre familial, "avec la mère", où il retrouve sa place de "père" et non plus de chef de synagogue. D'actif, il devient passif : il se tait, il n'a plus rien à dire.
La femme devient sujet d'une parole, après s'être jetée aux pieds de Jésus. D'anonyme, elle devient "fille", c'est-à-dire sujet en relation avec un père. Sa foi l'a sauvée. Elle part en paix et la guérison de sa maladie peut être confirmée. Proclamation publique. Reconnaissance de sa maladie et d'elle-même.
Et la fillette, dans tout ça ?
Complètement inactive jusqu'au bout du récit, elle est toujours nommée par les autres, comme sujet passif :
- sujet de la parole d'un homme qui souffre de ce que "sa petite fille est à l'extrémité".
- sujet de la parole de ceux qui viennent avertir le chef que "sa fille" est morte ; elle est arrivée au bout, cette "fille" qu'il ne veut pas perdre et que, pourtant, il a désormais perdu.
- sujet de la parole de Jésus : "l'enfant" n'est pas morte, mais elle dort. Jésus ne parle pas ainsi de la mort pour la banaliser – dans la Bible, la mort est toujours un ennemi – mais pour souligner qu'il en est le souverain.
De plus, Jésus va la rattacher à une famille, et non plus seulement au chef de la synagogue : enfant, elle a un père et une mère, que Jésus prend avec lui, pour la guérison. C'est toute la cellule familiale qu'il guérit.
- sujet de la parole des autres, la jeune fille est ranimée, interpellée par une parole autre que celle de son père, de sa mère ou de son entourage. Une parole qui la nomme "jeune fille". Elle s'éveille, elle se lève, mange. Elle devient un sujet actif, une femme en devenir.
Trois personnages, trois personnes, trois changements d'identité, trois guérisons, trois résurrections :
- Une fillette qui devient une femme ; sa guérison, c'est d'être libérée de statut de fillette pour devenir un sujet à part entière, un vivant. Libéré des attentes et des craintes de son père.
- Le père Jaïrus, replacé dans le cadre familial, aux côtés de la mère. Il n'est plus seulement chef de la synagogue ni père exclusif refusant de voir sa petite fille grandir.
- Quant à la femme, elle ne vit plus sous le mépris, elle retrouve une identité de femme féconde et fille de Dieu.
Trois individus, trois guérisons, et non pas deux. Trois guérisons qui font sens l'une par rapport à l'autre… Trois guérisons ayant en commun la rencontre avec Jésus.
Dans ces trois situations de détresse, ces trois vies marquées par une stagnation stérilisante, la parole du Christ vient faire rupture en séparant le père de la fille, en libérant du déterminisme par la grâce de Dieu.
La guérison, les guérisons ou résurrections reposent bel et bien dans l'écoute de cette parole qui fut rupture et qui libère.
Ici, ce sont Jaïrus, la femme et la jeune fille qui font cette expérience… Pour les disciples, cela ne viendra qu'après Pâques.
C'est vide de toute prétention, de tout rôle dans la société, de tout savoir préalable sur Dieu que l'on rencontre, dans la foi, la parole libératrice du Christ.
La foi est mouvement vers quelqu'un d'extérieur à ce que je peux connaître.
Elle est donc bel et bien rencontre avec Jésus. Le salut, la guérison de l'individu naissent de cette foi-là. "N'aie pas peur, (crois seulement) aie seulement la foi !".
Amen !

Dimanche 1er juillet 2012
Lecture biblique :
Marc 5, 21 à 24, puis 35 à 43
« Jeune fille, lève-toi ! »

Un homme lit la Bible depuis de nombreuses années, se convertit, seul dans son coin et contacte l’Église pour être accompagné.

D’autres frappent à la porte ou le plus souvent téléphonent, désespérés, en attente d’une réponse miraculeuse sur le champ.
D’autres viennent nous demander de les accompagner sur un long chemin de découverte pour approfondir leur foi.
Inès, l’année dernière m’a demandé le baptême.
Selon les personnes, les demandes sont pressantes ou dans la durée.
A chaque fois, les situations sont différentes plus ou moins urgentes, mais elles sous entendent toujours une foi, plus ou moins comprise, plus ou moins élaborée, mais qui est là, au fond du cœur de la personne qui vient.
C’est à partir de cette foi-là qu’une demande, une rencontre, un cri parfois peut avoir lieu vers ceux et celles qui symbolisent malgré eux une autorité, un magistère ou un lieu de savoir ou de puissance.
Au temps de Jésus, de nombreux maîtres étaient reconnus pour leur puissance. Les miracles et les signes miraculeux faisaient partie du discours et des pratiques religieuses.
Il n’y a donc pas dans ce récit de démarche singulière et originale envers Jésus. Certes le miracle impressionne toujours, il bouleverse les foules, il attire, il favorise la rumeur… mais jamais le miracle ne fait croire en Jésus Christ. Si le miracle fait croire en un maître, en un homme puissant, en un libérateur, il ne fait pas croire en Jésus-Christ parce les hommes voient mais n’entendent pas forcément le message qui accompagne l’action.
Car ce qui pose question, notamment aux autorités, c’est la manière dont Jésus guérit et au nom de qui le fait-il ? La question qui est posée à Jésus est celle de la loi et du pouvoir, et non celle de l’enseignement qui fonde son action.
Des questions se posent lorsqu’il guérit le jour du sabbat faisant passer l’homme avant la loi ; des questions se posent lorsqu’il pardonne les péchés alors que pour les juifs, seul Dieu peut pardonner ; des questions se posent lorsque le vent et la mer lui obéissent et que Jésus se place en maître des éléments…etc
Si le miracle ne donne pas forcément la foi, si le miracle inquiète, si on en rit facilement, le récit que nous avons lu insiste sur moins sur les actes de Jésus que sur des parcours de souffrance et de libération, de mort et de vie.
Dans notre texte, nous avons une demande
Jaïrus est un homme désespéré puisque sa fille est en train de mourir.
Peut-être tente-t-il sa dernière chance. C’est l’un des responsables de la synagogue, un notable, influent, sûrement riche. Cet homme-là, du haut de sa position sociale, vient se prosterner devant Jésus, et le supplie.
Sa demande exacte est la pratique d’un rite, l’imposition des mains, geste signifiant au départ transmettre le pouvoir à quelqu’un, mais qui a le sens à la fois de transmettre, de bénir, d’appeler la guérison de Dieu sur la personne ou même dans l’Église de reconnaître et de confirmer un ministère.
Lorsque son enfant est en train de mourir, je crois que nous comprenons tous ce genre de démarche désespérée qui consiste à aller supplier celui dont on a entendu parler. Celui que l’on reconnaît comme un maître.
Jaïrus est en souffrance et dans la peur.
Il se prosterne devant Jésus
Il veut entraîner Jésus chez lui,
Dans la supplication, Jaïrus croit que Jésus peut faire quelque chose.
Il cherche la vie ; Jaïrus veut continuer à être Père et vivre une relation avec sa fille.
Lorsque la demande est faîte, la foi est bien là, mais elle a besoin d’une confirmation.
Jésus cherche à apaiser celui qui vient le chercher dans l’angoisse. Même entendu, l’homme semble rester dans la peur.
Car il ne suffit pas d’être guéri pour être libéré, heureux et retrouver une place dans la société.
« Quand la santé va, tout va ! » « L’essentiel, c’est la santé ! » Voilà ce que nous disons souvent sans vraiment penser ce que nous disons. Le texte de ce matin nous dit autre chose.
Notre identité de chrétien concerne tout notre être, notre corps, notre relation à Dieu et aux autres, notre capacité à être en paix…
Le récit de Jaïrus, cet homme désespéré, nous ouvre aussi quelques pistes. Jaïrus peut espérer puisque Jésus répond à sa demande et se met en route avec lui. Est témoin de l’autorité et la puissance de Jésus.
Jaïrus, le père désespéré vit pourtant une espérance, la seule qui lui reste, il attend tout de Jésus. Mais cette espérance va se transformer en peur au moment où ces amis viennent l’informer que sa fille est morte et qu’il n’y a plus rien à faire.
C’est à ce moment-là, au moment même où la mort est proclamée, que Jésus dit " sois sans crainte, crois seulement ".

Tout ne repose pas sur Jésus.
Tout repose désormais sur la foi de Jaïrus.
Jésus accompagne une démarche de foi, il n’agit pas comme un magicien ou pour son propre intérêt. Il confirme l’espérance de celui qui croit et il montrera que cette espérance porte des fruits.
Cela peut nous dépasser, nous révolter en se demandant pourquoi la fille de Jaïrus et pas une autre. Combien de père et de mère ont une grande foi et n’ont pas bénéficié de cet acte de Jésus pour leur enfant ?
Ces questions sont légitimes lorsque nous lisons ce texte mais je crois vraiment que ce qui est en jeu pour Marc à l’époque n’est pas l’acte miraculeux. L’intention du texte n’est pas de dire seulement une puissance de Dieu dans un acte extraordinaire.
L’intention du texte n’est pas non plus de nier la maladie ou la mort comme des événements douloureux de la vie.
L’intention du texte n’est pas d’évaluer et de mesurer la foi des uns et des autres devant des situations de crise.
Non, une des intentions du texte est de nous dire que le salut ne réside pas seulement dans la guérison du corps, mais surtout dans la confiance mise en Jésus.
« N’aie pas peur, crois seulement ». Voici les paroles dites à Jaïrus.
Avant ou après la guérison, le discours est le même : mettez votre confiance en Jésus, arrêtez d’avoir peur. Vous pouvez vivre le salut dès aujourd’hui, votre libération ne dépend pas des événements extraordinaires, de vos désirs ou de vos attentes.
J’ai évoqué, en commençant cette prédication, les demandes qui nous parviennent. Ces appels parfois désespérés.
Certaines Églises choisissent de répondre d’abord aux demandes précises pour libérer les personnes de leurs souffrances et donner des signes vivants de l’action de Dieu aujourd’hui. Les apôtres sont appelés à annoncer la parole et à guérir les malades.
Je crois que nous avons un rôle à tenir en tant que chrétien aujourd’hui.
A l’heure où des femmes et des hommes en souffrance ou dans la peur sont prêts à avaler n’importe quelle pilule chimique ou religieuse pour accéder à un bien être ;
Nous n’avons pas à nous comporter comme des guérisseurs sur le marché des guérisseurs (et sans doute Jésus était-il perçu par la foule et par cette femme comme cela).
Nous avons d’abord à affirmer que le salut se trouve dans la nouvelle identité que nous trouvons dans la foi en Jésus-Christ.
Comprendre que si le corps est restauré par Jésus, c’est d’abord pour montrer, donner un témoignage visible, que cette personne est une personne nouvelle depuis sa rencontre avec le Christ.
La guérison n’apporte pas forcément la paix ; le miracle, n’apporte pas forcément la foi ; mais la relation avec Jésus donne une nouvelle place à chacun et permet de vivre le salut dès aujourd’hui, c’est-à-dire cette possibilité d’être libre et conscient d’être aimé tel que l’on est, malade ou bien portant, inquiet ou confiant.
Inès, en demandant le baptême ce matin, tu as répondu à un appel.
Tu n’es plus couchée, inquiète. Jésus t’a appelé par ton nom : il t’a dit : « Inès, jeune fille, lève-toi ; debout, en route, je marche avec toi »
Cette parole de remise en route, de relèvement, de résurrection s’adresse et touche chacun d’entre nous.
Oui, que nous puissions sentir la force de cet appel à suivre Jésus dans nos vies, à « louer Dieu de tout notre cœur » comme le disait Inès.
Nous nous rappelons aussi ce que Jésus a dit à Jaïrus : « n’aie pas peur, crois seulement ! »
Dans la foi en Jésus-Christ, nous trouvons une nouvelle identité, source inépuisable de liberté.
Amen.
Dimanche 17 juin 2012
Lectures bibliques :
- Ezéchiel 17, 22-24
- Psaume 92
- Marc 4, 30-32
Semer et croître

Alors que nombreux sont ceux qui pourraient dire que nous perdons notre temps, le dimanche, au culte, vous pensez, à juste titre que ce moment de méditation et de prière avec les autres est important.
Dans une société toujours pressée, vous prenez votre temps.
Dans une société où les loisirs sont essentiels, vous consacrez une part de temps libre pour participer au culte, pour retrouver d'autres croyants.
Pour entourer ce matin la famille de la petite Manon qui vient de recevoir le baptême.
Dans une société où l'on cherche à rester entre soi, vous passez une matinée par semaine avec des « étrangers ». Des frères, des sœurs que vous n’avez pas choisis, ni sélectionnés.
En agissant de la sorte vous allez à contre-courant de notre époque, mais pas seulement parce que vous avez décidé d'être libre de ce que vous faites de votre temps, mais aussi parce que vous faites quelque chose d'absolument  inutile.
Oui à quoi cela sert-il de venir le dimanche au culte ou à la messe ?
Plus généralement à quoi cela sert-il de consacrer du temps à la vie de la paroisse ?  A quoi cela peut-il servir d'être dans une chorale ? D'être conseiller ?, D'être responsable, animateur ou autre ?
À rien.
Certes, on peut dire que cela nous fait du bien, mais il y a tant de choses qui font du bien aujourd'hui dans le monde.
On peut dire qu'on se rend utile mais il y a tant de manière d'être utile aujourd'hui ! On peut dire que cela permet… qu'est ce que cela permet ?
S'investir aujourd'hui dans l'Église d'une manière ou d'une autre n'apporte plus rien, plus de reconnaissance sociale, plus d'avantages en nature, ni même d'espoirs de promotion sociale.
Beaucoup se demandent d'ailleurs à quoi sert encore l'Église puisqu'elle ne crée plus forcément la solidarité entre ses membres.
C'est vrai dans un monde qui privilégie l'efficacité, la rentabilité, l'utilité, nous sommes bien étranges, nous qui continuons à croire, vaille que vaille, que l'Église c'est important.
Nous qui "perdons notre temps" à l'église, nous qui restons là à attendre alors qu'il y aurait tant de choses à faire dehors.
Dans la précipitation du monde moderne, les paraboles du Christ nous remettent à notre place (lire la parabole qui précède « le grain de moutarde »).
La semence (Marc 4)
26 Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui jette de la semence en terre ;
27  qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment.
28  La terre produit d’elle–même, premièrement l’herbe, puis l’épi, enfin le blé bien formé dans l’épi ;
29  et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là.
Le semeur n'a justement rien à faire pour que germe la semence.
Elle pousse d'elle-même, littéralement « automatiquement » sans que le paysan, par son agitation ou son inquiétude puisse intervenir d'une manière quelconque.
Alors qu'aujourd'hui, dans tous les domaines, le maître mot c'est « tout dépend de nous, de nos actions et de notre agitation », nous sommes responsables de tout et c'est pourquoi nous devons toujours nous dépêcher d'agir avant qu'il soit trop tard.
Bien au contraire, l'histoire du semeur veut nous apprendre quelque chose d'essentiel : la patience envers soi-même.
Lorsque nous sommes pressés, même pour faire le bien, nous n'engendrons souvent que la tristesse par la précipitation et l'inattention.
De la même manière que les fleurs des champs ne peuvent pousser qu'au soleil et à la pluie, notre vérité ne peut mûrir que dans la bonté et la compréhension de l'autre.

Lorsque l'on est par exemple confronté à une situation difficile pour nos proches, nous voulons réagir vite, donner le bon conseil, faire les bonnes démarches.
De même, nos prières doivent être exaucées rapidement, sinon on se met à douter.
Quand un ami met de temps à répondre à une demande, on se dit qu'il est indifférent. Bien au contraire c'est en prenant son temps que l'on se révèle vraiment être un ami fidèle.
C'est en prenant le temps d'écouter vraiment l'autre, c'est là que l'on répond vraiment à ce qu'il demande.
C'est en prenant le temps de la réflexion, de la méditation sur ce que nous vivons tout au long de la semaine que nous pouvons vivre pleinement et intensément.
C'est en acceptant de « perdre notre temps au culte » que nous enrichissons le reste de notre temps en lui donnant un sens et un contenu, une éthique ou une raison d'être.
Prendre son temps pour l'autre mais aussi prendre son temps pour soi-même sont les deux versants de la patience que nous enseigne la parabole : image de la patience de Dieu lui-même envers nous et envers l'humanité.
Combien nous aimerions que le royaume de Dieu soit déjà là, qu'aient déjà disparues toutes formes d'injustice et de malheur en ce monde, Dieu est bien lent n'est ce pas ?
Et pourtant n'est-il pas lui aussi comme notre semeur ?
En train d'attendre que la semence, la parole de justice et de vérité, pousse dans le cœur de l'homme, de chaque homme ?
Certains attendent la moisson avec impatience, la fin du monde qui doit purifier l'humanité, ceux là savent-ils seulement que la graine de l'amour n'a pas encore germé dans leur cœur ?
Plutôt que d'attendre la moisson commençons à attendre que le fruit soit mûr et pour cela commençons par nous asseoir, nous reposer et laisser mûrir en nous l'œuvre de Dieu.
Cessons de nous agiter et de vouloir tout faire nous même, laissons grandir en nous la vérité et la conviction.
Mais comme nous sommes malgré tout pressés, nous ne pouvons nous résoudre à cela parce qu'on se dit que 'on finalement si peu à offrir.
Chacun d'entre nous se voit parfois comme une toute petite goutte d'eau dans l'océan. D'une part on se dit qu'on est si petit devant Dieu qu'il ne peut nous aimer, d'autre part on se dit qu'on est si peu de choses dans la société qu'on ne peut rien faire.
Dans notre société, à quoi reconnaît-on le succès ? à la réussite matérielle, financière certes mais aussi au réseau de connaissances et d'amitié, c'est à dire à l'influence que l'on a.
Dans la vie professionnelle, il faut être performant, efficace rapide, alors on se dit que dans la vie spirituelle il faut aussi être le meilleur.
Avoir une vie de prière intense, faire beaucoup de choses belles pour l'Église, ne jamais connaître de difficultés qui sont en fait comme autant de faiblesses voire même de péchés, bref l'on cherche à plaire à Dieu de la même manière que nous cherchons à plaire aux hommes, en étant les meilleurs et les plus beaux.
Écoutez le grain de moutarde, il est si petit et pourtant il deviendra lui aussi un bel arbre. Sans rien avoir à faire de particulier, c'est tout simplement le mystère de la nature.
Et nous de même n'avons strictement rien à faire, nous ne pouvons rien faire, pour plaire à Dieu.
Là aussi c'est le mystère, non pas de notre nature humaine mais bien plutôt le mystère de la parole semée en nous qui, même si aujourd'hui nous sommes insatisfaits de la petitesse de notre foi, de notre ferveur ou de notre bonté, fait que nous sommes en réalité grands dans le cœur de Dieu.
Si nous commençons par nous accepter nous même avec la petitesse  de notre foi et de nos œuvres, nous parviendrons enfin à la paix et à la sérénité.
Et surtout nous parviendrons enfin à entreprendre vraiment pour les autres.
L'on entend souvent dire en effet « que peut-on faire contre la misère du monde, contre l'injustice ? » « on ne peut rien y changer, c'est comme ça et tout seul on ne peut rien faire » « on est trop petit ».
C'est au moment où l’on accepte sa petitesse comme étant celle du grain de moutarde, petit aujourd'hui et grand demain, que l'on peut se rendre compte de l'importance de toutes les petites choses que l'on peut faire dans la vie de tous les jours pour changer notre monde vers une plus grande justice.
Nous sommes contaminés par l'esprit du temps qui veut que tout ce que l'on fait doit être grandiose, réunir des dizaines de personnes, l'action individuelle est dévalorisée et pourtant chaque petit grain de moutarde que nous sommes peut là où il a été semé, pousser simplement et incarner le royaume de Dieu là où il est.
Rien d'extraordinaire, ni de magnifique mais une vie simple, une attention de chaque instant à l'autre. Cela peut prendre plusieurs formes, l'écoute de l'autre, le don de temps, d'argent ou d'énergie, ou encore offrir ses compétences même si elles ne sont pas grandes.
Tout cela n'est "rien", on n'en voit pas les résultats ni les effets, cela passe inaperçu aux yeux du monde et pourtant c'est là, dans ces moments de fraternité partagée, c'est là que le Royaume de Dieu est en train de grandir.
Sachons le regarder d'un œil neuf.
Et avec le Psaume, nous pourrons nous émerveiller et reconnaître que :
« les justes fleurissent comme le palmier, oui, ils croissent comme le cèdre du Liban. » Ps. 92, 13

Amen.
Vendredi 25 décembre 2010

Texte biblique :
Matthieu 2, 1-12

Frères et sœurs, bonne nouvelle : Vous ne l’aviez peut-être pas envisagé mais ce matin, avec  les mages, nous rentrerons chez nous par un autre chemin.
Oui, qu’en ce jour de Noël, le Christ nous aide à nous déplacer sur le chemin où nous le cherchons.
Qu’il ouvre notre regard, de manière à ce que nous puissions le reconnaître et le recevoir dans sa vérité.
Qu’il vienne rencontrer nos vies pour nous permettre de rentrer chez nous comme les mages : par un autre chemin.

Le réformateur allemand Martin Luther disait :

"La naissance biblique du Christ signifie partout sa naissance spirituelle, c’est-à-dire la façon dont il naît en nous et nous en lui".

C’est cela qu’il faut célébrer au cœur des Ecritures : que cette naissance-là — celle-là et pas une autre — devienne une nouvelle compréhension de notre vie, de Dieu et du monde.

Alors, suivons les mages car ils nous aident à reconnaître la naissance de Jésus, là où ne nous l’attendions pas.

Ces mages sont des savants astronomes, venus probablement de Babylone. Ils observent le ciel, scrutent, analysent ;  ils ont une révélation : le roi des Juifs va naître.

Ils se mettent en route pour lui rendre hommage et se dirigent tout naturellement vers la capitale des Juifs : Jérusalem.

Arrivés dans la ville, ils questionnent la population pour savoir où est le roi. Ils le font avec suffisamment d'insistance pour que la rumeur remonte jusqu'au roi Hérode qui est troublé.

Après s'être renseigné auprès de tout le personnel religieux que compte la ville (les grands prêtres et les scribes), sur l'endroit où devrait naître le messie, Hérode convoque discrètement les mages, les envoie à Bethléem et leur demande d'enquêter pour son compte sur la naissance de ce futur roi des Juifs... afin, dit-il, de pouvoir à son tour lui rendre hommage.


Les mages quittent Jérusalem vers Bethléem et ce n'est qu'à partir de là (v. 9) que l'étoile qu'ils avaient vu naître à Babylone les conduit jusqu'à l'étable. Ils se présentent à la crèche, se prosternent devant Jésus et Marie et leur offrent en cadeau de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Enfin — et ce n'est pas la partie la moins intéressante de notre récit —, ils désobéissent aux instructions d'Hérode, et rentrent chez eux sans passer par Jérusalem.

De l'histoire de ces mages, je souhaiterai retenir pour nous ce matin trois enseignements.

1. Ces mages sont des hommes qui se sont mis en marche et ont entrepris un voyage de plusieurs mois à cause d'une révélation qu'ils ont eu.

Et ils ont insisté, et lorsqu'ils sont arrivés à Jérusalem, ils ont enquêté avec suffisamment d'insistance pour que leur présence soit signalée à Hérode.

Et ce n'est qu'à partir de ce moment-là, que leur signe s'est manifesté dans sa totalité et que l'étoile qu'ils avaient observée est venue à leur rencontre pour les conduire jusqu'à l'étable.

C'est la raison pour laquelle le texte précise qu'ils connurent une grande joie... une vraie joie. (Littéralement : « Ayant vu l’étoile, ils se réjouirent d’une joie grande fortement » v. 10).

L'histoire de ces hommes est celle de notre foi. Chacun d'entre nous, si nous observons lucidement notre existence et notre monde, pouvons y repérer des signes de la présence de Dieu qui ne sont pas plus fragiles que l'astre que ces astronomes avaient repéré dans leurs observations.

A la différence des mages, il nous manque sans doute le désir de la rencontre. Nous sommes bien paresseux pour nous lever et nous mettre en route, dans nos vies, afin de répondre à ces signes.

Et pourtant, si nous le faisions, j'ai la conviction, dans la foi, que nous verrions des confirmations de cette présence de Dieu aussi éclatante que cette étoile qui est venue à la rencontre des mages pour les conduire jusqu'au Christ.
Si nous ne voyons pas ces confirmations, c'est probablement que nous ne nous sommes pas levés et que nous continuons à vivre comme si nous n'avions rien observé, comme si ces signes de Dieu n'existaient pas, comme si la foi n'était qu'un pur jeu intellectuel.

De Babylone d'où ils sont partis pour répondre à l'appel d'un signe fragile, les mages se sont retrouvés beaucoup plus près du Christ qu'Hérode qui n'était qu'à quelques kilomètres de Bethléem et qui avait à sa disposition toutes les données de l'Ecriture.

Mais ils ont accepté de se laisser interpeller dans leur vie par cet appel de Dieu, alors qu'Hérode voyait dans ce même appel une menace qui risquait de contester sa vie, sa situation et ses certitudes.

2. Le second enseignement que ces mages peuvent nous transmettre est celui de leur humilité : ils viennent déposer leurs cadeaux au pied de la crèche.

Cette humilité explose à nos yeux lorsque nous redisons qui étaient ces mages et qui ils sont venus adorer.

Les mages, ce sont des savants, des scientifiques de la grande école de Babylone, des hommes qui voyagent. Nous pourrions dire : des experts qui participent à des colloques internationaux.

En face, un enfant... Pas même un enfant, un bébé (nouveau-né), qui n'est même pas né à Jérusalem mais à Bethléem, même pas dans une auberge mais dans une maison, une étable (Matthieu ne nous donne pas de détails sur le lieu).
Et les scientifiques internationaux viennent déposer leurs trésors, leurs offrandes, dans cette maison.

Ils viennent se prosterner, avec leurs richesses et leur savoir, devant cet enfant qui est peut-être le futur roi d'Israël, mais qui est sûrement, ce jour-là, le roi qui s'est fait petit, humble, pauvre et faible.

Le roi qui a voulu incarner dans sa vie tout l'esprit des béatitudes que nous lirons au premier trimestre de l’année prochaine, chaque dimanche.

Les mages manifestent ici une lucidité de l'Evangile tout à fait étonnante. Ils ont compris que leurs richesses et leurs connaissances ne prenaient toutes leurs valeurs que si elles étaient offertes à la crèche, c'est-à-dire si elles étaient venues dans l'esprit des béatitudes.

Et à nous tous, quel que soit le niveau de nos connaissances, de nos compétences et de nos richesses, les mages viennent dire que tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons et tout ce que nous savons n'est que poursuite du vent si nous ne savons pas les déposer au pied de la crèche, c'est-à-dire les vivre dans l'esprit des béatitudes.

Après avoir relevé la capacité de ces savants à se mettre en marche, après avoir mis en valeur l'humilité de ces hommes, il nous reste à observer leur liberté.

3. Cette liberté, ils l'avaient déjà manifestée en quittant leurs laboratoires pour adorer dans leur vie celui qu'ils avaient repéré avec leur intelligence.
Ils l'avaient confirmé par leur humilité. Il faut une grande liberté pour reconnaître que nos avoirs et nos savoirs n'ont de sens que si nous sommes capable de les offrir à Jésus-Christ.

Cette liberté, elle éclate lorsque, sereinement, ils rentrent chez eux sans passer par Jérusalem, sans obéir au roi Hérode qui leur avait demandé de lui faire un rapport sur ce messie.

Avertis par Dieu en songe, les mages refusent de se soumettre aux ordres du pouvoir. Ils ont la liberté d'enfreindre les ordres. Ils refusent d'ouvrir leurs voiles au vent qui vient d'en haut.

Ils refusent de se laisser séduire par cette sorte de fascination qui rôde autour des sphères des pouvoirs que nous connaissons.

               Pour les mages, la vérité pèse plus lourd que tous les pouvoirs humains : c'est cela leur liberté.

Bilan :

Par la capacité de ces mages à se mettre en route, par leur humilité et par leur liberté, l'Evangile de ce matin nous désigne tout simplement la route sur laquelle Dieu nous appelle en ce jour de Noël et cette année nouvelle qui vient.

Que nous soyons seulement capable de nous mettre en mouvement au nom de l'Evangile,
que nous soyons seulement capables de déposer ce que nous sommes et ce que nous avons aux pieds de Jésus-Christ,
que nous soyons seulement capables d'être libre vis-à-vis de tous les pouvoirs,

et alors, j'en ai la certitude, ce Noël 2010 sera pour nous un événement fécond et béni.

Rappelez vous cette phrase de Martin Luther :

"La naissance biblique du Christ signifie partout sa naissance spirituelle, c’est-à-dire la façon dont il naît en nous et nous en lui".

C’est cela qu’il faut célébrer au cœur des Ecritures : que cette naissance-là — celle-là et pas une autre — devienne une nouvelle compréhension de notre vie, de Dieu et du monde.

Célébrer la naissance de Jésus, ce n’est donc pas cocher une date qui jamais ne peut appartenir au calendrier de notre vie et de notre histoire.

Car le Christ est né, je veux dire Christ ne peut naître que dans le geste même de la découverte et de la confiance accordée, c’est-à-dire justement pour qui cette naissance devient un événement décisif et alors qu’il n’y a aucune raison objective à cela.
La crèche et la foi ne sont pas séparables. En effet, je peux toujours voir un enfant dans une crèche,

mais qu’avec cet enfant — celui-là et pas un autre — je puisse déclarer "Christ est né",
cela je ne peux le dire qu’au moment où "Christ" devient le nom de ce qui survient, de ce qui rencontre et modifie l’être humain que je suis.

Au fond, la déclaration "Christ est né" coïncide toujours avec la naissance d’un sujet chrétien.

Voilà une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui : que Noël soit encore ce qui peut nous arriver.

Que Noël ne soit rien d’autre en réalité que ce qui nous arrive
aujourd’hui.

Joyeux Noël à tous.     Alléluia !

Amen.

Dimanche 27 juin 2010

Texte biblique :
Luc 9, 57-62

Le thème sur lequel il nous est donné de nous arrêter ensemble ce matin est assez difficile à comprendre et à appliquer :

Comment suivre Jésus, comment marcher à sa suite, comment lui être fidèle ?

En cette fin d’année scolaire, où est-ce que j’en suis avec ma vocation de chrétien ? Mon engagement de foi, personnel et au service des autres ?

Point de départ et motivation de toute vie chrétienne ; ce thème, dans le texte de l’Evangile selon Luc est présenté avec trois réponses de Jésus, trois sortes de maximes qui sont censées décrire ce que cela représente que de suivre Jésus ; trois maximes qui pourtant sonnent comme des réponses assez évasives et pleines de mystère.

« Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'Homme, lui, n'a pas où poser sa tête ! »

« Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le règne de Dieu ! »

«  Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait (disposé, approprié) pour le Royaume de Dieu.  »

Et c'est sans doute un premier point à noter : à ces trois hommes qui demandent à le suivre, Jésus ne répond bien sûr pas par la négative ! Mais il ne répond pas non plus par un « Oui »  franc et massif !

Il ne dit pas simplement : « Allez venez, suivez moi ! Pas de problème ! »  Il donne au contraire ces trois réponses assez étranges et mêmes assez dures, pour susciter chez les trois « candidats »  une réflexion, pour les amener à prendre conscience que leur choix devra aussi entraîner une certaine manière de vivre, pour les amener à prendre conscience que suivre Jésus, c'est du sérieux et que cela ne se fait pas à la légère.

 « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'Homme, lui, n'a pas où poser sa tête ! »
Avec cette première image, Jésus a sans doute d'abord voulu décrire sa propre situation de nomade et d'itinérant. En effet, dans l'Évangile de Luc, Jésus et ses disciples n'ont pas de maison à eux. Ils ne sont chez eux que là où on les accueille pendant un moment.
Ils n'ont ainsi pas de sécurité matérielle et pas de possession propre. Ils sont pour ainsi dire entièrement dépendants de la solidarité des autres. Cette première réponse sonne donc comme un avertissement.
Dans le contexte de l'époque, Jésus veut avertir cet homme qui demande à le suivre que lui aussi devra renoncer à sa sécurité matérielle et peut-être aussi à sa sécurité spirituelle, à son confort, à ses certitudes.
Le chemin avec Jésus est un chemin qui n'est pas forcément fait de sécurité, car justement, il ne s'arrête jamais. Faire route avec Jésus exclut le fait de vouloir s'installer une fois pour toutes, que ce soit matériellement ou spirituellement. Faire route avec Jésus, c'est être prêt à aller toujours plus loin, toujours en avant, quitte à renoncer à ce qui était acquis.
Mais si on peut assez facilement comprendre cette réponse dans le contexte de l'époque, n'est elle pas un peu étrangère à nous aujourd'hui ?
Car nous, nous ne pouvons évidemment plus suivre Jésus physiquement, sur les chemins de la Palestine.
Cette parole a-t-elle alors encore quelque chose à nous dire ? Je le crois, si nous la prenons de façon un peu métaphorique. En effet, cette sécurité à laquelle Jésus fait indirectement référence, n'est ce pas exactement ce que nous recherchons de plus en plus ?
Nous voulons être sécurisé et assuré dans tout, que ce soit au niveau matériel ou spirituel, que ce soit vis à vis de nous mêmes ou vis à vis des autres. Le mot « insécurité »  est devenu un mot qui fait peur et qui nous sert à mettre des barrières entre nous et ceux qui ne sont pas sûrs.
Si, il fut un temps, l'insécurité c'était les maladies ou les catastrophes naturelles, c'est aujourd'hui devenu les jeunes des banlieues ou les immigrés et autres étrangers. Et le fait de chercher à tout prix à nous mettre en sécurité vis à vis de ces gens dénote en fait la peur qu'on en a, une peur qui du même coup exclut la rencontre et le dialogue.
Or, suivre Jésus, c'est aussi le suivre là où la rencontre de l'autre présente des risques et demande à ce qu'on surmonte ses peurs et ses préjugés.
Jésus n'est pas uniquement entré dans les maisons où il pouvait tranquillement s'installer les pieds sous la table ; il est allé aussi là où il risquait de se faire jeter dehors, aussi là où il risquait d'être incompris, aussi là où il risquait carrément sa vie. Le suivre, c'est aussi le suivre là, même si ce n'est pas très sécurisant.
Dans le domaine de la foi aussi nous cherchons des sécurités.
On se pose souvent la question : pourquoi les sectes ont-elles un tel succès, pourquoi attirent-elles tant de monde ?
Un élément de réponse qui me semble devoir être pris en ligne de compte, c'est que justement, la plupart d'entre elles donnent des réponses et évitent de poser des questions. Et la plupart des gens qui sont adeptes sont bien des gens qui ne veulent plus se poser de questions, qui veulent une réponse, quelle qu'elle soit, qui les rassure et leur évite de réfléchir.
Or, suivre Jésus, c'est aussi être prêt à se poser des questions, et même être prêt à se remettre en question. Jésus n'assène pas des réponses toutes faites qui vaudraient pour chacun. Il laisse l'homme libre de trouver son chemin et ses réponses à ses questions.
Voilà ce qu'on peut retenir de cette première réponse :
Prendre le risque ; le risque d'aller là où on n'ose pas, le risque d'aller vers ceux dont on a peur à priori ; le risque aussi de se remettre en question à la lumière de la Parole de Dieu ;

La seconde réponse : « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le règne de Dieu ! »  est certainement la plus difficile à admettre des trois.
Il paraît incompréhensible que Jésus ait donné à cet homme ce choix inhumain : le suivre ou bien aller enterrer son Père.
Jésus a certainement utilisé la situation pour dire autre chose à cet homme. Pour lui dire peut être que les morts, ce sont ceux qui n'entendent pas l'appel de Dieu lorsqu'il leur est adressé.
Il est d'ailleurs significatif que sur les trois hommes, ce deuxième est le seul où c'est Jésus lui-même qui dit : « Suis moi ! »  
C'est Jésus qui appelle cet homme et qui lui dit que le suivre, c'est maintenant faire le choix entre la vie et la mort. Se mettre en route pour annoncer le règne de Dieu, c'est laisser derrière soi toutes les puissances de mort qui sont en nous et autour de nous pour miser avec confiance sur la vie.
On peut aller un peu plus loin, je crois, dans l'analyse de cette parole. En parlant de laisser les morts enterrer leurs morts, Jésus ne pensait sans doute pas au moment précis de l'enterrement mais bien plus à ce qui suit, au deuil.
Et sans doute avait-il remarqué, comme nous, que beaucoup de gens, après une épreuve ou après la perte de quelqu'un, n'arrivaient plus à vivre, n'avaient plus d'avenir, plus d'espérance.
Et ce que Jésus a voulu dire alors à cet homme à qui il dit : « Suis moi », c'est qu'il pouvait retrouver un tel avenir, une telle espérance.
Laisser les morts enterrer leurs morts signifie, non pas qu'il ne faille pas rendre les derniers devoirs aux disparus, mais bien qu'après un deuil ou une épreuve, notre vie ne s'arrête pas fatalement et ne doit pas fatalement rester prisonnière du passé.
Image de l’horloge dont le balancier s’est arrêté
Au contraire, à la suite de Jésus, notre vie peut à nouveau s'ouvrir, retrouver un sens.
Si on entend son appel et qu'on choisit de le suivre, Jésus peut redonner une raison de vivre à tous ceux qui n'en avaient plus.
Ce que nous pouvons retenir de cette deuxième parole :
Suivre Jésus, c'est ainsi laisser derrière nous nos peurs et tout ce qui nous empêche de vivre ; c'est croire que toutes ces puissances de mort qui nous enchaînent sont déjà vaincues par le Christ et que nous avons le pouvoir en toutes circonstances de faire triompher la vie.  

La troisième parole, «  Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait (disposé, approprié) pour le Royaume de Dieu.  », comme la seconde, est un peu abrupte et ne doit certainement pas être lue dans son sens littéral.
La réponse un peu choquante sert à susciter la réflexion chez l'interlocuteur pour l'amener à sortir de ses idées préétablies. Encore une fois, il serait difficile à croire que Jésus ait refusé à cet homme le droit d'aller faire ses adieux aux siens avant de le suivre. Encore une fois, Jésus a voulu dire autre chose.
D'habitude, on interprète cette parole un peu comme la seconde, une exhortation à ne pas se raccrocher au passé et à se tourner vers l'avenir. Mais il y a peut-être une autre explication, plus juste.
Une petite anecdote peut nous mettre sur la voix. Un jour qu'un pasteur prêchait sur ce texte et citait cet homme qui met la main à la charrue et qui regarde en arrière, tout le monde s'est mis à rire.
Cela se passait dans un milieu rural où tous les gens étaient agriculteurs. Or un agriculteur moderne, sur son tracteur, est obligé de regarder en arrière pour voir si son sillon est droit, vu que le soc de la charrue est derrière.
Mais à l'époque de Jésus, le soc était devant l'agriculteur ; pour le voir, il devait donc regarder devant. Cette parole a donc moins à voir avec les notions de passé et d'avenir qu'avec l'idée d'attention qu'on porte à ce qu'on fait, au travail qu'on fait.
Dans l'exemple de Jésus, celui qui regarde en arrière est celui qui ne regarde pas ce qu'il fait, qui ne fait pas attention à ce qu'il fait, qui n'est pas sérieux dans la tâche qu'il accomplit. Il n’est pas disposé, approprié.
Ce que nous pouvons retenir de cette troisième parole :
Suivre Jésus, travailler avec lui (acolyte) à l'annonce du Royaume de Dieu, c'est du sérieux et demande une attention et un engagement constants.

Réflexion, en cette fin d’année scolaire, sur le ministère, l’engagement ecclésial. Porter le nom de chrétien, devenir chrétien, c’est être mu par un appel, par une vocation qui nous tire devant.

Suivre Jésus, c'est se donner une ligne de conduite et la garder, l'avoir toujours en ligne de mire, lui, pour ne pas dévier de ce chemin.

Au terme du survol de ces trois paroles de Jésus, on peut donc résumer : suivre Jésus c'est d'une part
-       accepter de prendre des risques, le risque de la rencontre de l'autre, le risque de la remise en question ;
-       c'est aussi mettre toute sa confiance en lui et croire que réellement il nous offre un avenir et une espérance ;
-       c'est enfin être et rester fidèle, prendre son engagement au sérieux.

Suivre Jésus, c'est avoir part à ses promesses, mais c'est aussi prendre un engagement clair et solide et y rester fidèle.

Tout cela est sans doute plus facile à dire qu'à vivre réellement et à appliquer ; mais c'est pour cela aussi que Jésus ne nous laisse pas seuls, qu'il nous accompagne jour après jour et pas après pas sur ce chemin que nous pouvons faire avec lui.

« Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie. »  Que sa lumière nous accompagne sur les chemins de nos vies.

Amen.

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Dimanche 7 février 2010

Culte au temple de Port-Royal. Culte commun avec les luthériens de la paroisse de Trinité-Saint-Marcel

Thème : Suivre le Christ
Luc 5, 1 à 11

« Ils laissèrent tout et le suivirent »

Deux barques pleines à en déborder de poissons. Ils laissèrent tout. J'en connais qui auraient dit : "0n va d'abord mettre tout cela au congélateur puis on reviendra". ou encore : "il faut vendre, mettre l'argent à la banque, puis on viendra" . Qui sait ce qui ce passera plus tard.

Peut-être aussi : "On va d'abord distribuer aux pauvres puis on viendra".

Simon (je l’appellerai parfois Pierre), Jacques et Jean sont des professionnels. Ils connaissent la valeur du travail, ils connaissent la valeur de la nourriture gagnée à la sueur de leur front.

Voilà qu'ils abandonnent tout sur place, sans hésitation sans discussion, sans rien mettre de côté, pour un homme qu'ils connaissent à peine.

Nous sommes au début du long périple de Jésus en Palestine, en Galilée.

Difficile à admettre ?

Pas pour celui qui a rencontré Christ.

Que s'est-il donc passé pour que ces hommes durs abandonnent une telle pêche ? Ils ont obéi au Christ !

Ne crains point, désormais tu seras pêcheur d'hommes.

Est-ce donc l'attrait d'un nouveau métier, la possibilité d'abandonner un métier fait de lutte contre les éléments ingrats et périlleux ?

La nouvelle existence ?

Le texte nous montre qu'il n'obéit pas par calcul, par intérêt, il obéit spontanément.

Simon Pierre s'est converti et à partir de cela rien ne compte sinon Christ et le royaume de Dieu.

Cette conversion est évoquée avec beaucoup de pudeur : elle tient en deux mots: « Maître » et « Seigneur ».

Dans le premier il y a l'estime de Simon pour cet homme qui vient de guérir sa belle-mère. L'estime pour cet homme qui sait parler aux foules : "Maître nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais sur ta parole je jetterai les filets". C'est ce maître qui fera le miracle.

Peut-on dire que l'obéissance de Pierre est la conséquence d'un espoir de pêche, après tant d'heures d'efforts inutiles ?

Pierre s'attend-il à une récompense pour avoir prêté sa barque à Jésus? Il semble qu'il ait obéi sans grand espoir.

D'abord qu'est-ce que Jésus connaît de la pêche ? N'est-il pas charpentier ? Et cet ordre de jeter les filets en pleine eau ne contredit-il pas les règles de la pêche ?

Pierre obéit et le miracle se produit. La pêche est surabondante, il faut faire venir une deuxième barque à la rescousse. Et l'épouvante les saisit, la crainte devant l'incompréhensible.

La crainte devant l'intervention de Dieu.

Cette pêche extraordinaire n'est que l'aspect le moindre du miracle : le miracle, c'est dans le cœur de Pierre qu'il s'accomplit : « Seigneur, éloigne-toi de moi parce que je suis un homme pécheur ».

Pierre reconnaît devant Jésus sa véritable nature de pécheur, à qui une grâce a été faite. Oh non pas la grâce d'une barque pleine mais la grâce de la rencontre de Dieu en Jésus-Christ.

Il comprend que quand on a rencontré Jésus, quand Jésus s'est emparé de quelqu'un, une seule chose est importante : le salut, l'obéissance et l'adoration : "Seigneur",

Non plus le maître qui remplit la vie, mais « le Seigneur » qui lave les péchés et sauve le pécheur

Mais comment s'est opéré la grâce de cette conversion car c'est bien de cela qu'il s'agit ?

C'est la rencontre qui a opéré ce miracle.

La guérison de la belle mère de Pierre est-ce que cela le concernait personnellement ? Non. Un miracle qui touche les autres excite notre admiration, peut-être aussi notre scepticisme mais surtout l'admiration.

La lecture des récits de miracles peut nous faire admirer mais ne nous fera pas abandonner le résultat si tangible de notre travail pour suivre l'inconnu qui a réalisé le miracle.

Pour arriver à délaisser barques, filets et poissons, Pierre a été touché dans ce qu'il avait de plus profond, de plus caché, de plus secret : sa nature profonde, sa nature de pécheur.

Jésus lui a fait dire tout haut ce qu'il n'osait dire tout bas : « je suis un homme pécheur ».

Cette rencontre a été une rencontre personnelle. Pierre réparait ses filets en écoutant Jésus parler à la foule mais quoi ? Pendant le sermon, on ne se sent pas concerné, on ouvre le parapluie et tout passe sur les épaules des voisins ? On bulle tranquille jusqu’au prochain cantique ?

Ce n'est pas le sermon qui a agit. C'est l'appel direct.

Jésus n'a pas besoin des hommes. Il n'a que faire d'une masse anonyme. Il veut Pierre. Il te veut toi, il me veut moi à son service.

Pour Pierre cela commence par la barque que Jésus emprunte. Cela commence parce que ce n'est pas terminé pour autant.

Nous ne nous mettons pas définitivement en ordre avec Jésus en lui donnant un peu de ce que nous possédons. Jésus veut régner sur nos forces, nos possibilités, nos connaissances et que nous nous mettions totalement à son service.

Pour cela Jésus nous cherche, personnellement.

Pierre ne se décide pas. Jésus l'appelle. Il ne l'appelle pas à travers le sermon mais à travers la rencontre personnelle. C'est quand la foule se sépare que commence le travail du Christ. Alors le sermon n'a-t-il servi à rien ? La prédication de l'Eglise est-elle vaine ?

Non car elle sensibilise, elle veut préparer le chemin du Seigneur et nous préparer tous à la rencontre du Christ.

La difficulté, c’est que cette rencontre n’est pas toujours prévisible ou immédiatement vécue dès lors que l’on s’y prépare.

Christ n'est pas toujours là quand nous l'attendons mais il nous surprend comme il a dû surprendre Pierre en lui demandant de le conduire.

Jésus ne vient pas à nous à heure fixe ; il n'attend pas toujours que nous soyons dans ce qu'on appelle une situation propice de douleur, de tristesse, de découragement ou d'isolement.

Il y a des rencontres à ces moments-là mais aussi en dehors de ces heures.

Pierre et ses compagnons lavaient leurs filets, après une nuit de pêche infructueuse.

Rien ne laisse dire que lui et ses compagnons étaient attristés de ses efforts vains de la nuit. Cela fait partie du métier de pécheur, c’est le métier.

Jésus a besoin de Pierre ; d'abord pour une petite chose insignifiante, l'éloigner de la côte, le conduire. Et bien souvent Jésus prend contact avec nous par de petites demandes qui nous semblent insignifiantes.

De petites demandes que nous aurions tendance à oublier, à refuser car, nous voyons souvent mal leur rapport avec le royaume de Dieu.

C'est le premier pas que fait Jésus et il a dû surprendre Pierre mais il doit nous faire penser à cette phrase que Jésus fait dire au maître de ce serviteur : « tu as été fidèle dans les petites choses, je t'établirai sur les grandes ».

Pierre était disponible pour les petites choses. Il le sera aussi pour les grandes, pour l'évangélisation, pour l'appel, la pêche des hommes.

Jésus ne demande pas tout de suite à Pierre de prouver sa foi en allant de par le monde ; d'abord les petites choses. Dans notre vie n'en est-il pas de même ? Dieu nous demande beaucoup de petites choses.

Sommes-nous prêts à les accomplir, sommes-nous prêts à nous mettre au service de Dieu, dans tout ce qu'il nous demande, même dans les tâches ingrates ou attendons-nous que Dieu nous demande d'être pêcheurs d'hommes ?

Si nous n'entendons pas ces petits appels il n'y aura jamais d'autres appels.

Dieu appelle des disciples, et si nous savons le voir, le recevoir en nous, en tant que Seigneur, alors il nous dira à nous :

"Tu seras pêcheur d'hommes".

Et si notre découverte du Christ passe par les mêmes étapes que celle de Pierre alors la question de savoir ce que nous abandonnons ne se pose plus parce que comme Pierre, Jacques et Jean, nous laisserons tout pour le suivre.

Amen

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Dimanche 24 janvier 2010

Prédication donnée au cours de la messe, célébrée par le Père Edouard Bois, en l’église Notre-Dame des Champs, à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Textes bibliques :
- Néhémie 8, 1-10
- 1 Corinthiens 12, 12-30
- Luc 1, 1-4 et 4, 14-21

L’Évangéliste Luc a tenté de tracer une présentation de la vie de Jésus la plus exacte possible.

Il écrit à Théophile pour le convaincre de la certitude, de la solidité des enseignements reçus

Lorsque Luc accomplit ce travail, il ne désire pas faire œuvre d’historien. Son intention est de nous aider à entrer dans la personne de Théophile et de découvrir-nous aussi qui est véritablement ce Jésus de Nazareth.

Dans notre texte d’Evangile de ce matin, Jésus se présente à Nazareth, à la synagogue et on lui présente le texte d’Esaïe 61.

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur »

Jésus se situe ainsi dans la lignée des prophètes. Comme Néhémie l’avait fait en son temps, il invite ceux et celles qui le voudront à se disposer à l’Écoute de la Torah, de la Parole de Dieu.

Dans la droite ligne de la tradition juive, Jésus souligne que la parole de Dieu est toujours vivante agissante. Le Dieu de Jésus n’est pas une tradition cachée derrière des mots mais un Dieu de vie qui vient au devant des siens pour rappeler que « sa Parole » ne saurait jamais être lettre morte.

Jésus proclame une parole qui est à la fois nouvelle et ancienne.

Ancienne, parce que les prophètes bien avant lui l’avait déjà criée, proclamée, mais elle est nouvelle car Jésus proclame que cette parole concerne tous ceux et celles qui à son époque autour de lui sont privés d’espérance.

Jésus vient comme prophète et annonce à son tour :

La bonne nouvelle de la libération en faveur des pauvres

La libération des prisonniers

La guérison des aveugles

La fin du joug, de ce qui pèse et écrase les humains.

Jésus, comme un juif pieux, vient à la synagogue et dit simplement qu’à tout moment de l’histoire humaine, Dieu demeure prêt à accomplir sa Parole et qu’il nous invite à avoir foi en ses promesses.

Le Dieu de Jésus-Christ tel que Luc nous le présente demeure le Dieu Sauveur et libérateur qui nous arrache au mal et il le manifeste par des œuvres de délivrance, de libération, de guérison.

Le Dieu que Jésus vient révéler, est un Dieu au milieu de son peuple, Dieu parmi nous, Emmanuel.

Il ne suffit pas d’affirmer pour Luc sa naissance hors du commun, mais de susciter notre adhésion à son projet. Comme Théophile nous voilà invités à entrer dans la découverte d’un Dieu qui ne se révèle pas de manière unique, en une fois, mais qui nous invite à cheminer avec lui à tous moments.

Ainsi, Jésus déclare être l'envoyé de Dieu, l'oint du Seigneur, le Messie venue pour accomplir le projet de Salut de Dieu pour l'humanité.

Il vient pour accomplir le nouvel exode, pour délivrer les hommes de l'esclavage du péché.

La réaction de l'entourage de Jésus a de quoi nous étonner.

La réaction des auditeurs est mitigée et pour cause, il y a tant de vendeur de « doctrines nouvelles », de proclamateur de liberté qui trompent et asservissent. Jésus annonce qu’il est au service du Dieu Sauveur créateur de nouveauté et que c’est lui qu’il faut écouter.

Cet exclusivisme ne tient pas à sa personne, mais au fait que ce qu’il dit vient de Dieu.

Pour nous en convaincre, l’évangéliste Luc nous rapporte cet épisode à la synagogue où le texte, aux yeux des auditeurs devient parole. Une parole qui fait ce qu’elle dit.

L’alliance entre Dieu et les hommes est nouvelle puisqu’elle est incarnée par Jésus de Nazareth.

C’est un peu comme si l’assemblée n’écoutait plus seulement un texte définitif et figé mais comme si elle « lisait » Jésus, incarnation de la nouvelle alliance.

Cette bonne nouvelle nous engage, elle nous mobilise, elle nous met en route : nous plaçons notre confiance en un Dieu qui s’est révélé au milieu de l’assemblée.

Jésus-Christ manifeste la présence du royaume de Dieu.

Il nous appelle à nous décharger de tout ce qui nous rend prisonnier et immobile.

Nous décharger de tout ce qui a triomphé en nous, avec ou contre notre gré, et qui nous sépare de Dieu, qui nous rend prisonnier.

Oui, qu’est ce qui a triomphé de nous qu’est ce qui nous empêche d’entrer pleinement dans la voie de l’Evangile ?

Les récits évangéliques rapportent de nombreuses occasions où Jésus invite certains de ses interlocuteurs à le suivre et qui ne sont guère enthousiasmés par cette idée.

Prenez par exemple la rencontre avec le jeune homme riche, le récit de Luc 18. Il souligne que le jeune homme devint tout triste lorsqu’il entendit l’exhortation de Jésus : « Vas et vends tout ce que tu as ».

La bonté de Dieu va jusqu’à précéder la compréhension humaine que l’on peut avoir de son plan et de son amour.

Prenez le récit des dix lépreux ; ils sont dix et demandent avec ardeur la guérison (Luc 17, 11 à 19). Ils l’obtiennent, nous dit le récit, et pourtant il n'y en aura qu’un seul qui reviendra remercier Jésus.

Ils n’ont vu en lui qu’un guérisseur et ils ne se sont pas posés de question sur ce qui leur était arrivé !

La guérison des aveugles n’est pas seulement physique.

Si l’Evangile est un appel à combattre avec toute notre énergie le mal sous toutes ses formes, il est aussi un appel à mettre la lumière là où elle absente.

Il ne faut pas oublier que pour les contemporains de Jésus le débat est grand et beaucoup pensaient que la maladie était la conséquence du péché, du mal commis par les humains. Certains iront jusqu’à évoquer que l’aveuglement physique et spirituel est la conséquence du péché et sa punition.

L’Evangéliste Luc veut nous amener à saisir un Jésus qui ne vient pas seulement pour être un guérisseur mais pour nous faire entrer dans une nouvelle manière de vivre ; dans nos communautés, dans nos églises, dans nos familles.

La rencontre avec Jésus nous amène à poser un regard nouveau sur nos compagnons de route.

On peut bien sûr par habitude passer son temps à répéter pendant des siècles de belles formules, sans jamais les traduire en actes.

Jésus nous prend à contre-pied. Si nos formules finissent par s’user et nous agacer les oreilles, Dieu nous invite à nous laisser habiter par elles.

Jésus considérait que des paroles, finalement banales et classiques, avaient l’autorité nécessaire pour devenir des paroles de vie

Etre disciple de Jésus c’est croire qu’avec Lui, les hommes sont sauvés, libérés de tout ce qui écrase ; c’est se mettre au travail pour que le bonheur voulu par Dieu parvienne à tous ceux et celles qui sont enfermés dans le malheur.

Etre disciple de Jésus, c’est accomplir, avec Lui, des œuvres qui disent la réalité du Salut offert, qui libèrent et rendent espoir aux humains, qui leur permettent de vivre debout, dignes et fiers car ils sont fils et filles bien aimés du Père.

Etre disciple du Christ, c’est croire en ses paroles et être prêts à le suivre, en marchant dans ses pas. C’est être comme lui annonciateur de bonne nouvelle.

A la synagogue de Nazareth, les yeux des membres de l’assemblée sont fixés sur Jésus.

Etre disciple du Christ, c’est découvrir à travers la lecture du texte ancien, sa présence dans notre vie aujourd’hui.

Citation de M Luther « Aujourd’hui, reconnaîtrions-nous le Christ s’il passait par la fenêtre ? Mieux vaut chercher à le saisir par les Ecritures »

Oui, « Cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit »

Frères et sœurs, nous croyons en Dieu.
Christ est Parole de Dieu, Il est vivant.
Amen

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Texte biblique :
Matthieu 25, 14-30

 

Les chapitres 24 et 25 de l’évangile selon Matthieu offrent une réponse de Jésus à une question angoissée des disciples : « Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? »

La parabole des talents fait partie d'un ensemble de paraboles regroupées autour du thème de la vigilance dans l'attente du retour du maître. Elle nous dit que la vraie vigilance n'est autre que la fidélité dans le service du Seigneur. « Veillez et travaillez »

Elle détruit donc la notion d'une foi passive, paresseuse, déresponsabilisante, la religion opium du peuple, oreiller de paresse, dans laquelle il s'agit de s'en remettre à Dieu qui nous prend en charge et nous dégage de nos responsabilités.

Mais elle n'enseigne pas pour autant l'activisme, la morale du devoir, de l'effort, du travail, la peur de ne pas en faire assez, en un mot le salut par les œuvres.

Ni une foi endormante ni une foi écrasante.

L'accent ne porte pas tant sur nos devoirs à remplir que sur notre relation à Dieu et notre responsabilité devant Dieu. Cette relation à Dieu doit d'abord être une relation de confiance et d'amour.

La première chose que nous révèle cette parabole, c'est que Dieu nous fait confiance.

Voici un maître qui confie à ses serviteurs d'énormes sommes d'argent. Le talent, qui a pris dans notre langue le sens de capacité naturelle, d'aptitude particulière, était à l'époque un certain poids d'argent ou d'or.

Un talent représentait environ vingt années de salaire d'un ouvrier. On peut donc entendre par là non seulement nos talents naturels ou les dons spirituels que Dieu nous accorde, mais aussi tous les biens que Dieu met à notre disposition et qui lui appartiennent.

Ainsi donc, ce maître confie à ses serviteurs une importante partie de ses biens et s'en va en leur faisant confiance pour les utiliser au mieux. Il leur laisse à cet effet une grande liberté, il ne leur dicte pas leur conduite, il ne les enferme pas dans un règlement à appliquer bêtement.

Il les traite en adultes, en hommes responsables, capables d'initiative.

C'est ainsi que Dieu agit envers nous. En quittant ses disciples, Jésus leur a fait confiance. Il leur a remis ses biens jusqu'à son retour, en leur laissant une grande marge d'initiative.

Le serviteur de Dieu, c'est-à-dire le chrétien, a une tâche à accomplir, mais en adulte, en homme ou en femme responsable.

On a pu dire que la vraie maturité se voit à la capacité d'accomplir avec autant de soin notre tâche quand personne ne nous regarde que quand quelqu'un nous surveille !

Les deux premiers serviteurs de la parabole ont compris cela. Le maître leur a fait confiance. Ils veulent se montrer dignes de cette confiance. Ils veillent à ne pas décevoir l'attente du maître.

Ils se reconnaissent responsables devant lui. Aussitôt, ils s'emploient à faire valoir le bien reçu. Cet empressement montre qu'ils n'agissent pas simplement par devoir, mais par amour. Les affaires de leur maître leur tiennent à cœur.

Ils ne se sentent pas exploités, bernés, brimés, mais bien honorés, valorisés par la confiance qui leur est faite. Ils croient à la bienveillance de leur maître.

Faisons un pas de plus en affirmant que le maître de la parabole donne, sans rien exiger en retour. Et que l’action des serviteurs n’est pas liée à la réaction ou au jugement du maître

Est-ce bien ainsi que nous voyons la tâche que Dieu nous confie, à nous chrétiens ? Comme une marque de confiance, une grâce, mais qui nous met en position de responsabilité et nous appelle à la fidélité ?

L'Evangile est un message de grâce. Il nous parle d'abord de ce que Dieu nous donne, d'un salut qui est un don gratuit.

Cette grâce mobilise, elle met en route.

Le don de Dieu comporte une mission, une tâche à accomplir, une réponse d'amour qui est l'engagement de notre vie à son service.

La grâce conduit au service.

C'est ce que le troisième serviteur de la parabole n'a pas su — ou voulu — comprendre. Son comportement peut nous paraître étrange. Un trou dans la terre ; quelle drôle d'idée ! Pas si drôle que ça quand on sait que, d'après la législation rabbinique, le dépositaire d'une somme d'argent était dégagé de sa responsabilité en enfouissant cet argent dans la terre, puisque c'était là la plus sûre protection contre les voleurs.

Nous discernons donc la première préoccupation de ce serviteur : se dégager de sa responsabilité, reprendre sa liberté, laisser de côté les affaires du maître pour s'occuper des siennes propres.

A ses yeux, la confiance qui lui est faite est un fardeau. Travailler pour un autre, c'est être exploité. Tout ce qu'il fait pour le maître est perdu pour lui. Cette façon de penser n'est pas si étrange. Elle nous paraît même naturelle, évidente — au moins à certains moments.

Mais comment faire, se dit ce serviteur, pour révoquer le droit du maître, ou tout au moins pour le rendre inoffensif. Le trou dans la terre, c'est la solution. A son retour, je pourrai lui dire : "Voilà, tu as ce qui est à toi. Je n'ai rien perdu. Je ne suis pas de ces mécréants qui gaspillent ce qui ne leur appartient pas".

Derrière ce raisonnement se cache une autre motivation : ma sécurité d'abord. Ce serviteur ne veut rien faire qui comporte des risques. Il cherche à s'assurer, à se garder de l'échec possible, à ne pas commettre de faute. Mieux vaut ne rien faire que mal faire. Il n'a rien fait de mal — Il ne doit rien à personne. Sa responsabilité est dégagée.

La solution qu'il a trouvée lui paraît donc astucieuse. La suite des événements montre qu’elle est, en réalité, stupide. Parce qu'elle repose sur une fausse image du maître, sur un manque de confiance dans la bienveillance du maître, sur une mentalité d'esclave, et non de collaborateur à qui on a fait confiance.

"Tu es un homme dur qui moissonne où il n'a pas semé". Dans sa relation au maître, c'est la méfiance qui règne, et non la confiance ; la grogne, et non la bonne volonté ; la rancune et non l'amour.

Or, voilà qu'en voulant se défendre de son maître, il s'expose à son jugement.

Rien n'est pire, en effet, que de chercher à se défendre de Dieu au lieu de lui faire confiance, en acceptant la confiance que lui nous fait. Rien n'est pire que de vouloir se soustraire au jugement de Dieu, en lui refusant le droit de nous demander des comptes.

Il est bien question de jugement dans cette parabole. Le maître revient et demande à ses serviteurs de lui rendre des comptes. Je sais que c'est là une idée qui déplaît, qui fait peur. On évite d'en parler pour ne pas effrayer. On cherche à l'éliminer de la Bible. Mais je crois que, si nous refusons l'idée de jugement, c'est que nous comprenons mal de quoi il s'agit. Je crains même que cela ne révèle que nous en restons encore peu ou prou à la mentalité défensive, possessive, revendicatrice du troisième serviteur de la parabole.

Essayons de comprendre le sens du jugement tel qu'il apparaît ici. Le maître demande des comptes à ses serviteurs : c'est cela qui les rend vraiment responsables. Responsable veut dire capable de répondre de ses actes, de ses choix. Mais aussi tenu de répondre. Dans nos relations avec les autres, nous cherchons mille excuses pour ne pas avoir à répondre, à rendre compte.

Le jugement signifie encore autre chose : un jour, la vérité apparaîtra. Il faut qu'elle apparaisse, que soit mis fin aux mensonges, aux tromperies, aux faux semblants, aux tricheries qui empoisonnent les rapports humains. Il faut qu'on y voit clair. Un jour, nos camouflages s'évanouiront, la vérité de notre vie sera dévoilée.

Nous pouvons chercher à repousser ce jour, y parvenir longtemps, mais pas toujours.

Nous autres humains, nous sommes de remarquables fabricants d'excuses. Mais nos excuses cachent le plus souvent une fuite devant la responsabilité d'aimer, notre infidélité du service de Dieu et des hommes, notre manque de courage, notre égoïsme qui nous pousse à garder pour nous la grâce qui doit être partagée avec d'autres.

Le malheur, c'est qu'en fuyant le jugement, en esquivant notre responsabilité, nous nous condamnons nous-mêmes, comme le serviteur de la parabole.

Parce que notre attitude révèle que notre relation à Dieu est celle d'un esclave, qui n'aime pas son maître et lui refuse sa confiance. Et c'est cela qui nous juge, plus que nos fautes et nos échecs.

Pour qui fait confiance à Dieu, son jugement n'est pas à craindre.

L'évangile de Jean déclare que Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n'est pas jugé. Dieu lui fait grâce.

Et celui qui a cru en cette grâce, qui a reçu la bonne nouvelle que Dieu ne le traite pas durement comme un esclave, mais avec amour comme son enfant, celui-là peut alors comprendre que servir Dieu n'est pas un malheur, une privation de liberté, mais la réponse normale de notre amour au sien, la grâce d'être utile, de collaborer à l'œuvre du Dieu Sauveur.

Le fait est que ce qui va perdre le mauvais serviteur est plus sa théologie que son incapacité à bien gérer un Talent.

Ce serviteur ne pouvait croire au don, malgré le geste explicite du maître, il pensait que Dieu était un homme dur, moissonnant où il n'a pas semé..., il avait peur de Dieu, qu'il voyait, à tort, comme un maître exigeant, pouvant punir, et utilisant ses serviteurs pour son propre service, pour faire à sa place ce qu'il aurait dû faire lui-même.

Là est l'erreur grave et fondamentale. En fait, dans sa logique, il ne pouvait croire au don gratuit, restant dans une logique de la dette.

Or cette logique de la dette est catastrophique, autant pour ce qui est de notre relation à Dieu que pour ce qui est de notre relation aux autres.

Elle conduit à la peur, au jugement, à la violence, à la haine et à la mort.

Or le don n'est pas une avance, Dieu ne nous donne pas par avance pour mieux nous coincer et nous rendre redevable à son égard.

Si Dieu nous a donné, c'est pour une raison simple, c'est qu'il nous aime. Dieu a donc ses raisons, et ce n'est pas à nous à donner ensuite raison à Dieu de nous avoir offert.

Il faut croire que Dieu nous a aimé, et qu'il nous a donné. Ce don n'est pas pour nous écraser de devoir, mais pour nous libérer, pour nous donner la joie.

La liberté que donne le Christ est réelle, de même que le don de sa grâce est un vrai don, et totalement gratuit, nous n'avons pas à payer, ni par avance, ni après.

Nous sommes appelés à vivre dans la liberté et dans la joie, motivés non pas par la crainte de dévaloir, mais motivés par la reconnaissance.

La grâce est un moteur, une énergie, une force.

Le Christ ne nous écrase pas de devoirs, mais il nous invite à changer nos cœurs, à nous convertir, à accepter la grâce, et à vivre de la grâce.

Amen

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Dimanche 9 novembre 2008

Texte biblique :
Jean 2, 13-25

Qu’évoque le mot temple à un contemporain ?

Dans un premier temps, il fera probablement penser aux temples gréco-romains ou aux temples d’Égypte, donc au paganisme.

Dans un deuxième temps, il sera peut-être associé au temple de Jérusalem ou plutôt aux temples de Jérusalem, puisqu'il y en a eu deux :  

-       le premier construit sous le règne du roi Salomon, au 10ème siècle, et détruit au début du 6ème siècle par les Babyloniens ;

-       le deuxième érigé à la fin du 6ème siècle, après le retour difficile de la captivité babylonienne, et ensuite élargi et embelli à partir de l’an 20 avant notre ère par le roi Hérode.

C’est ce temple que Jésus a connu, mais il n’a été définitivement achevé qu’après sa mort. Et quelques années plus tard, en l’an 70, il fut détruit par les soldats romains. Aujourd’hui, il n’en reste pratiquement rien, sauf le fameux mur des Lamentations.

Puis, il y a les temples réformés !

Cette appellation est une spécialité notamment française qui, au début, étonne un non réformé, mais à laquelle on finit par s’habituer.

Elle s’explique en partie par l’histoire religieuse mouvementée en France, par le souci des protestants français de se distinguer des catholiques et de leurs églises, même s’il semble qu’aux 16ème et 17ème siècles, le mot temple pût tout aussi bien désigner un sanctuaire catholique. Les protestants faisaient aussi valoir que dans la Bible, temple désigne un sanctuaire, contrairement à église qui désigne non pas un édifice, mais la communauté chrétienne.

Or il est moins connu que l’idée du temple subit des transformations dans le Nouveau Testament.

Revenons un moment sur ce récit de l’évangéliste Jean, « les vendeurs chassés du temple »

«  Les marchands du Temple » !

Histoire que nous connaissons tous.

Histoire que nous visualisons aisément.

Jésus se confectionne un fouet, se fraie un chemin au milieu de la foule bruyante et des étals de marchandages, qui renverse des tables, disperse les animaux et accompagne son intervention d'une parole, toute aussi brutale : " De la maison de mon Père, vous avez fait une caverne de bandits ". ‘Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic’. (Segond révisé)

‘Enlevez tout cela d’ici ! Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce !’ (NBS)

A Jérusalem.

Dans le Temple.

Pourquoi Jésus intervient-il si violemment alors qu'il prêche par ailleurs la douceur ? Pourquoi lui donne-t-il une pareille publicité alors qu'il accompagne ses miracles d'une grande discrétion ? Quel sens donner à cet acte spectaculaire ?

Il convient d’abord de préciser le contexte.

Dans les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc, l'épisode se situe à la fin du ministère de Jésus : ce dernier monte à Jérusalem. Il vient comme Messie pour purifier un culte devenu trop formel. Lorsqu'il est entendu par le sanhédrin, le conseil supérieur juif, il annonce qu'il vient détruire ce que le temple signifie - à savoir la primauté des rites - pour le remplacer par un culte spirituel.

Ici, la scène se déroule au début du ministère de Jésus, lors d'une fête de la Pâque. Jésus entre dans l'enceinte du Temple.

Il y trouve tout ce qui facilite l'exercice de la piété rituelle.

Il y a des marchands de bœufs, de brebis et de colombes, destinés à être vendus aux fidèles pour offrir des sacrifices. Quant aux changeurs, ils procurent aux pèlerins venant de l'étranger les monnaies acceptées par les prêtres chargés de recueillir les offrandes ainsi que l'impôt annuel versé par tout Juif adulte pour l'entretien du Temple.

Ces changeurs étaient d'autant plus nécessaires que les autorités du temple n'acceptaient que des monnaies provenant de la ville de Tyr car les Tyriens évitaient soigneusement de réduire dans leurs pièces la proportion de métaux précieux.

Pareil dispositif est habituel. Pourtant, un jour, Jésus ne l'accepte pas.

Il le renverse au péril de sa vie.

Jésus, en effet, sait qu'il enclenche un processus d'opposition violente avec les autorités juives et qu'il risque d'y laisser la vie. C'est ce qu'il laisse entendre en citant le Psaume 69 : " Le zèle (la passion jalouse) de ta maison me dévorera ".

Les disciples l'ont également compris. Ils lisent au futur que ce zèle de Jésus pour un vrai culte sera sa perte. Ce que Jésus fait là le conduit tout droit à la mort.

D'ailleurs, l'incident du Temple et les paroles qu'il prononce lui seront rappelées, sur la croix.

Qu'est-ce qui peut donc justifier un acte si lourd de conflits à venir ?

Spontanément, deux réponses nous viennent à l'esprit : Jésus veut réaffirmer la sainteté du Temple, souillé par l'argent et les tractations financières et il s'insurge contre une commercialisation de la religion.

Lorsque Jésus chasse les marchands du Temple, ce n'est pas pour purifier le Temple de la présence impure et grossière de bétail ou de vendeurs. Une telle idée est anachronique.

Le Temple de Jérusalem est un ensemble immense et composite, les vendeurs d'animaux se tiennent sous les portiques du parvis du temple, loin du saint des saints où réside la gloire de Dieu.

Une autre explication nous vient alors à l'esprit.

Jésus mettrait en garde les Juifs contre les fausses sécurités des rites. Les Juifs placent leur confiance dans les sacrifices, ils se croient ainsi en règle avec Dieu et en oublient l'essentiel : une foi profonde, spirituelle, qui se traduit dans la recherche permanente de la justice et de l'amour du prochain.

C'est pour ce motif que Jérémie a prononcé ces mêmes paroles. C'est pour ce motif que les prophètes n'ont cessé de dénoncer une foi superficielle et ont exhorté le peuple à une réforme de la foi, une intériorisation de la foi, une mise en pratique de la foi.

Ici, Jésus va plus loin. Il ne vient pas réclamer une nécessaire purification des sacrifices, il vient les supprimer. Il n'entend pas purifier le temple mais annoncer sa caducité.

Avant d'aller à Jérusalem, Jésus avait inauguré, à Cana, un procédé que nous allons retrouver ici. Il avait effectué un acte fort - la transformation d'eau en vin - auquel il avait donné sens par un enseignement.

Ici, il joint à son intervention une parole, qu'il prononce devant les représentants des Juifs, venu l'interroger sur sa légitimité.

" Qui es-tu pour oser contester des rites séculaires et sacrés ? " lui demandent-ils en substance.

" Détruisez ce Temple et, en trois jours, je le rebâtirai " répond Jésus. Je ne fais pas que purifier le temple, je le supprime car le nouveau temple, c'est moi. Je le suis ou plutôt je le serai, une fois ressuscité.

L’idée du temple subit une ici une transformation.

Il n'est donc pas question de réformer le culte mais d'inaugurer une toute autre relation des hommes à Dieu. Il ne s'agit pas de dénoncer un " abus de biens religieux ", mais d'annoncer un changement radical : le Christ est le nouveau Temple de Dieu, en personne.

Au lendemain de la résurrection, lorsque l'Esprit leur fut accordé, les disciples discernèrent enfin le sens de ce geste et de cette parole de Jésus.

Ils avaient partagé l'incompréhension générale jusqu'au moment où, à la lumière du matin de Pâques, ils saisirent le sens de ce signe.

Jésus parlait de sa personne.

Il est cette présence de Dieu au milieu de son peuple, rendant inutiles es sacrifices, conformément à la prophétie de Zacharie : " Il n'y aura plus de marchands dans la maison du Seigneur tout puissant en ce jour-là ".

En Jésus, par Jésus, le croyant rencontre son Dieu.

Jésus est le point de jonction entre Dieu et les hommes.

Aujourd'hui encore, Jésus-Christ est le Temple de Dieu en ce qu'il rend Dieu présent et nous le fait connaître.

Par lui et avec lui, nous pouvons entrer en communion avec Dieu, connaître sa volonté, ses sentiments pour nous, sa puissance.

" Nul ne peut connaître Dieu " écrit Jean dans son prologue, mais " le Fils unique de Dieu nous l'a révélé ".

Ainsi, ce qui fonde notre foi, ce ne sont pas les rites même s'ils participent à toute vie religieuse, ni la vie communautaire même si elle consolide notre foi et la met en pratique, ni l'attachement identitaire à l'histoire et au peuple protestant réformé, ni la densité intellectuelle de telle prédication ou de tel courant théologique.

Ce qui fonde notre foi, ce qui nous permet d'entrer en communion avec Dieu, c'est Jésus-Christ.

Il nous faut donc sans cesse épurer notre vie, épurer notre foi et les recentrer sur Jésus-Christ, en écoutant son enseignement, en reconsidérant nos choix en fonction de lui, en accueillant sa présence dans nos vies.

Jésus est le temple de Dieu.

La porte est ouverte.

Nous sommes conviés.

Il vit devant nous, par sa Parole et par son Esprit

 

Amen !

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Dimanche 20 juillet 2008

Texte biblique :
Romains 8, 26-30

Vous savez sans doute ou bien vous avez déjà entendu dire que la prière est le moteur d'une piété vivante : tant que quelqu'un peut prier (appeler au secours, négocier son cahier de charges), il n'est pas tout à fait perdu...

Mais nous savons aussi que la prière, c'est-à-dire l'expression même de notre relation à Dieu, n'est pas ce qui marche le mieux dans notre vie quotidienne, et nous devons bien donner raison à l'apôtre quand il écrit que  « nous ne savons pas prier comme il faut » (v.26).

Tantôt trop distraits, tantôt trop stressés ou tout simplement paresseux ; et la première à en pâtir, c'est notre vie spirituelle !

Mais, vous l'avez entendu, ce passage du chapitre 8 de l’épître aux Romains sur lequel nous nous arrêtons un moment ce matin nous rapporte un bel encouragement :

« Quand nous ne savons pas prier comme il faut, l'Esprit de Dieu vient en aide à notre faiblesse » (v. 26).

Peut-être avez-vous déjà pu vérifier personnellement cette affirmation : vous étiez fatigués, à plat, mais Dieu s'est rappelé à vous par une image ou une parole qui vous ont touchés.

Cela vous a réveillés ou alors, vous avez vu les choses dans une autre perspective ; bref, Dieu vous a rendus à la vie, à la joie de vivre ou à vos responsabilités, en tout cas à la vie avec lui.

Cela ne veut pas dire que nos prières gagnent tout à coup en perfection ; peut-être ne sont-elles que des phrases très courtes : « Merci, Seigneur, de te savoir près de moi ! » ou « Prends pitié, mon Dieu ! », mais nous aurons la certitude que ce que l'Esprit Saint a ainsi suscité et exprimé, va, à tous les coups, rejoindre le cœur de Dieu et être compris par lui.

Il n'est donc pas surprenant que l'apôtre souligne dans ce contexte : « Nous savons, en effet, que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (v. 28).

Car si, dans sa grande bonté, notre Père céleste vient nous aider quand nous sommes incapables de prier, nous pouvons être sûrs qu'il ne nous abandonnera pas dans toutes les autres situations de la vie et nous pouvons donc lui remettre et nos soucis pour le pain quotidien et ceux qui concernent notre emploi ou l'avenir de nos enfants.

Attention, ce « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » ne signifie pas qu'il n'y ait plus de soucis à se faire : certaines difficultés peuvent se présenter. Il faut les affronter. Mais cela n’enlève pas la promesse qui a été faite.

En effet, le meilleur qui puisse nous arriver, c'est « d'être conformes à l'image du Fils de Dieu » et « d'être ajoutés au nombre de ses frères »(v. 29) !

Cette mention de l'image nous renvoie à l'une des premières affirmations de la Bible où il est dit que « l'homme a été créé à l'image de Dieu » et donc appelé à vivre en communion avec lui.

Oui, nous étions, en principe, capables de l'aimer et de nous abandonner à lui, mais en réalité nous constatons tous les jours combien nous avons perdu cette qualité d'origine, au point de ne même plus être « branchés sur sa longueur d'ondes ».

Car désormais pour pouvoir seulement imaginer ce que c'est que d'être « à l'image de Dieu », il nous faut considérer le Christ Jésus en qui se décline une vie faite de confiance en Dieu et d'obéissance à sa Parole.

Jésus-Christ est venu dans le monde, pour nous permettre de retrouver le sens premier de notre existence, savoir la représentation du Créateur au sein de la création !

Malgré les épreuves, les maladies, les difficultés de la vie, les déceptions ; Dieu est là, qui persévère à nous délivrer, pour nous redresser, pour nous permettre de repartir de l’avant.

A ce propos, il est utile de bien lire le « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » avec le précieux rajout qui le complète : « ...de ceux qui aiment Dieu et qui sont appelés selon son dessein » ! —

Souvent, nous laissons cela de côté, parce que nous ne savons pas comment comprendre ce « dessein », comme si Dieu avait, dès le commencement, décidé qui de nous héritera la vie éternelle et qui en sera définitivement exclu.

Je reconnais avec vous qu'une telle prédestination peut donner la chair de poule et nous décourager, surtout quand nous nous arrêtons à nos difficultés pour aimer Dieu et le prochain, mais l'apôtre ne parle pas ici de cette prédestination-là !

Il souligne seulement à l'adresse de chacun : si tu peux croire en la miséricorde de Dieu, ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que Dieu t'a fait grâce.

Nous pensons volontiers que la foi est notre affaire : c'est nous qui écoutons l'appel de Dieu et qui décidons de lui répondre ou non...

Et il y a du vrai dans cela : l'homme participe à son salut, puisqu'il choisit entre la vie et la mort et qu'il se met oui ou non à la suite du Christ.

Mais, dans tout cela, il s'agit plus de notre disposition que d'un mérite.

Si nous disons « oui » à l'Evangile, c'est parce que Dieu a tout fait pour que cet Evangile existe et nous parvienne, peu importe si c'est à travers l'Histoire en général ou à travers notre histoire particulière, par nos parents, nos connaissances ou par tel éducateur qui ont été ou qui a été notre évangéliste...

C'est d'ailleurs heureux que notre foi ne dépende pas de nos décisions ou de nos humeurs, car elle serait aussi incertaine et changeante qu'elles ; mais parce que nous pouvons savoir que notre foi a été suscitée par Dieu et qu'elle est fondée sur son amour, elle n'a plus rien à craindre ni des modes ni de quelque courant d'air !

Ce qui compte, c'est que nous nous sachions

« appelés, justifiés et glorifiés ».

Certains peuvent dater leur appel : il précède immédiatement leur repentir et leur engagement à suivre Jésus-Christ sur le chemin de la vie nouvelle.

Certains se savent appelés dès l'aube pour aller travailler dans la vigne du Seigneur, d'autres n'ont reçu leur convocation qu'au soir de leur vie, comme les ouvriers embauchés à différentes heures (Mt 20,1-16).

Pour la grande majorité d'entre nous, cet appel a même dû se répéter, comme pour Simon Pierre, pour qu'enfin nous soyons capables de prendre des responsabilités dans l'Eglise (Jn 20, 15-17).

Alors ne nous inquiétons pas, si nos enfants ou d'autres personnes que nous aimons traînent les pieds pour répondre à leur appel.

Dieu nous offre d'être rendus justes devant lui, à cause de son amour en Jésus-Christ ; alors acceptons ce cadeau et allons à Dieu, tels que nous sommes, et faisons-lui confiance : la croix du Christ nous a ouvert le chemin de son cœur et ... « nous a glorifiés » !

Oui, « glorifiés », car bien que nous cheminions encore sur terre, Dieu nous regarde comme ceux qui ont déjà atteint au but : puisque le « premier de cordée » — Jésus Christ — est arrivé dans sa gloire, il n'y a plus de doutes quant à notre destinée.

Voilà, frères et sœurs, comment « Dieu vient en aide à notre faiblesse »

Si tu peux croire en la miséricorde de Dieu, ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que Dieu t'a fait grâce.

Qu’il nous soit en aide.

Amen.

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 Dimanche 13 juillet 2008

Texte biblique :
Esaïe 55, 6-13

 

L'avez-vous déjà réalisé ? Dieu est surprenant.
Il ne se laisse pas enfermer dans des idées ou dans des définitions, seraient-elles dans la tête ou sur les lèvres de ceux qui croient en lui !
C'est que Dieu colle rarement avec nos images de Dieu. Dieu se cache, à moins que ce ne soit comme un Dieu caché qu'il se fasse connaître…
Oui, notre Dieu est réellement surprenant, c'est sans doute pourquoi les gens ne le trouvent pas facilement : ils ne le cherchent peut-être pas au bon endroit ! Et nous ?…
Les humains pensent que Dieu est au ciel... et si Dieu n’est pas au ciel, ils se rabattent alors sur la terre : assurément Dieu est partout…
Si Dieu n’est pas partout, alors les humains se réfugient dans le concept : certainement Dieu est grand, Dieu est tout-puissant, Dieu est l'Etre.

Quant à nous, nous sommes touchés par le néant de la maladie, le néant de toutes sortes de détresses, nous sommes impuissants devant le monde et tous ses rouages, et même, nous sommes impuissants devant le moindre de nos semblables.
Nous sommes des petits, et ceux qui se croient grands ne sont guère différents des autres.
Si Dieu est tellement grand, et nous si petits, un tel dieu doit être bien dangereux, la distance entre sa majesté et notre petitesse est bien trop grande pour nous.

A moins qu'il ne soit trop près.
Si Dieu est trop près, les humains se noient alors dans la culpabilité !
Dans ce cas-là, Dieu est notre juge, le Dieu grand s'est approché, et tout ce qui nous arrive se révèle alors n'être que la sanction de notre misère. La venue de Dieu est pour le jugement, et voici la condamnation qui arrive. Qui donc serait trouvé pur, blanc comme neige, devant ce Dieu-là ? Si ce Dieu existe, qu'il s'en aille donc loin, oui, qu'il disparaisse de l'horizon de nos vies !

Mais Dieu n'est rien de tout cela. Dieu n'est pas un fantasme de l'ère pré-scientifique. Dieu n'est pas la projection de nos envies ou de nos peurs. Dieu n'est pas la raison de nos réussites ou de nos échecs. On ne peut pas non plus enfermer Dieu dans une doctrine ou théorie scientifique.

Dieu est différent.

Dieu se laisse chercher, Dieu se laisse trouver.
Dieu dévoile la méchanceté, mais pas pour la punir : c'est pour la transformer, pour la réduire !
Dieu n'est pas homme pour se venger, pour avoir besoin de la puissance, pour vouloir la richesse.
Dieu n'est pas homme pour avoir besoin qu'on le serve, qu'on lui rende un culte, qu'on lui sacrifie sa vie.

Dieu est un ami.

- Dieu est un Dieu qui marche, et non un Dieu qui réside.
- Dieu est un Dieu qui donne, et non un Dieu qui attend de recevoir.
- Dieu est un Dieu qui parle, et non un Dieu qui condamne.

Et la marche de Dieu à nos côtés, comme celle d'un ami, éclaire nos pas et nous soutient.
Et la grâce de Dieu pour nous, comme le cadeau d'un ami, n'attend rien en retour que la joie de celui qui reçoit.
Et la parole de Dieu pour nous, comme celle d'un ami, est faite de silence et de présence, de compassion et de discrétion.

Mais la parole de Dieu, si faible soit-elle, comme la parole d'un ami, est une parole agissante, une parole qui transforme, qui relève, une parole qui, d'un mot, peut donner un sens ou changer un cap, comme ça, l'air de rien, juste par amour.
La parole de Dieu, sans fanfare ni décorum, la parole de Dieu change le monde, mais pas au-dessus de nos têtes : c'est dans nos cœurs, c'est dans les circonstances con¬crètes de la vie, que cette parole retentit. Cette parole, elle se livre à nous, dans les pages de cette Bible, dans les échos de ce temple (de cette chapelle).

C'est que Dieu, oui, le Dieu du ciel qui n'est pas dans le ciel, s'est fait proche, proche de nous, d'une proximité qui n'est pas celle de la terre.
Dieu se laisse trouver quand on le cherche, lui, et non pas un autre dieu.
Si c'est la science qui le cherche, elle ne le trouvera pas.
Si c'est la philosophie, elle se convaincra de son inexistence.
Si c'est la soif de mystère ou de magie, la soif de puissance de celui qui en manque ou de celui qui l'exerce, alors beaucoup de dieux se présenteront, mais aucun ne sera le vrai ; il ne se trouvera là que des mensonges, des vanités…
Qu'est-ce qui, en nous, doit chercher Dieu pour le trouver si près, lui, le vrai Dieu ? C'est la repentance, ou la conversion, dites-le comme vous voulez : c'est un seul mot dans la Bible !
Celui qui, en Dieu, cherche sa justice, celui qui, en Dieu, cherche l'ami qui lui parlera, le Père qui le nommera et qui l'appellera, celui-là est heureux : Dieu se laisse trouver, Dieu se révèle pour ce qu'il est, le Père miséricordieux, l'ami fidèle.
Mais à cela il faut bien une distance, la distance pour parler sans assourdir, et néanmoins être entendu. Il faut une distance parce qu'il faut une parole. Sans elle, la repentance ne serait qu'écrasement ; la conversion nouvel esclavage.
Dieu est donc distant et proche, et sa Parole, envoyée vers nous, agit en nous et nous tourne vers lui, comme les tournesols se tournent vers le soleil, et c'est bien ce qui les définit, c'est bien ce qui leur a donné un nom.

Il en est de même pour les chrétiens, puisque la parole envoyée vers nous s'appelle Christ, et que cette parole nous tourne vers le Père, dans le mouvement même de l'Esprit qui est la foi.

Dieu n'est pas en nous, sinon il ne pourrait être Père et nous ne pourrions être engendrés par lui à une vie nouvelle, à une identité nouvelle, d'enfant de Dieu. Et Dieu n'est pas si loin que son amour ne nous parvienne pas.

C'est qu'entre lui et nous, il y a Christ, vrai Dieu et vrai homme. Non pas un autre Dieu que le Père. Non pas d'une autre humanité que la nôtre.

Lieu vivant de la rencontre vivante entre Dieu et l'homme, entre le péché et le pardon, entre la misère et la justice. Vers ce lieu, tous sont appelés, Esaïe déjà le savait sans encore le connaître.

Liée à cet appel qui concerne tous les hommes, il y a une promesse pour ceux qui y répondent, pour ceux qui sont ainsi rencontrés par la Parole de Dieu. Cette promesse, ce n'est pas d'être un héros de la morale ou de la foi, ce n'est pas de devenir bon et pieux, encore que ça ne fasse de mal à personne…

La promesse de Dieu, frères et sœurs, ce sont quatre choses.

Les deux premières sont la joie et la paix.
Elles sont les fruits de la Parole de Dieu en nous. Les fruits de la rencontre, en Jésus-Christ, de Dieu et de cet être humain particulier que je suis. Les fruits de la foi, donc.
La joie et la paix ne se fabriquent pas et ne se perdent pas, elles se supportent mutuellement et permettent aussi de faire face aux moins joyeux des événements, aux plus violents des traumatismes.
De plus, elles sont communicatives !

Et voici la troisième promesse : elles le sont à toute la création. Montagnes et arbres deviendront eux-mêmes joyeux et pacifiés, lorsque nous, nous le serons, lorsque nous, nous le sommes… Ceci n'est pas dit pour souligner notre responsabilité et donc alourdir notre responsabilité, sinon ce serait une étrange joie, une drôle de paix. C'est bel et bien une promesse, un fruit de l'Esprit, là encore.
L'écologie biblique nous dit bien que la nature dépend de nous, mais dans ce sens bien spécial : notre salut la fait éclater de joie !

Enfin, tout culmine avec la quatrième promesse, le quatrième fruit de la rencontre entre Dieu et nous : c'est que nous, nous qui recevons notre nom de Dieu, nous serons pour lui le nom par lequel il sera connu.
C'est donc bien une vraie adoption, et pas seulement un acte de charité. En nous voyant, on ne se dira plus sur Dieu qu'il est ici ou là et comme si ou comme ça. On se dira, le monde et ses habitants se diront : Dieu ? C'est leur Père !

Aussi, frères et sœurs, quand vous parlez, quand vous agissez, quand vous vous tenez quelque part, quand vous respirez !, laissez la Parole de Dieu porter fruit en vous, afin d'être vous-mêmes le témoignage que Dieu se rend dans le monde qui est le nôtre.

Mieux que les étoiles, la raison, la morale ou la puissance, c'est vous qui êtes la "renommée [de Dieu], un signe perpétuel qui ne sera pas retranché".

Amen.

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